Test du casque Beyerdynamic DT880
par Jazztiti, le 10 mai 2006

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Introduction

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C'est en 1937 qu'Eugen Beyer (le fondateur de la compagnie Beyerdynamic) développa le premier casque dynamique (DT48). Grâce à sa longue expérience depuis 1924, Beyerdynamic jouit d'une très bonne réputation et l'on retrouve ses produits (casques, microphones, systèmes sans fil) chez les professionnels du monde entier (radio, télévision, studio). Tous les produits Beyer sont fabriqués et assemblés à la main en Allemagne, à Heilbronn. Loin des moyens marketing importants d'autres grandes marques de casques et de la sous-traitance étrangère, la gestion locale et discrète de Beyer lui confère un côté artisanal assez attachant.

Le DT880 fait partie du haut de gamme de la marque baptisé Premiumline. Il se situe entre le DT770 et le DT990 (le plus haut de gamme). Le casque que je possède est une version 2003 (acheté 200€ en janvier 2006 en Allemagne chez Thomann). Néanmoins, si l'on peut toujours se procurer la version que je vous présente à un prix intéressant, sachez qu'il existe une nouvelle version, la version 2005, totalement personnalisable (y compris l'impédance) dont les différences sonores restent à déterminer.


Contenu de la boîte

Le DT880 est livré dans un superbe écrin aluminium dans lequel un épais support en mousse maintient le casque encastré. On trouve un adaptateur jack stéréo 6,35 mm vers jack stéréo 3,5 mm à visser ainsi qu'une rallonge jack stéréo 6,35 mm femelle vers jack stéréo 6,35 mm mâle de 5 mètres. Si le casque a des connecteurs plaqués or, la rallonge, elle, ne bénéficie pas de ce traitement de faveur.

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L'emballage ne cache pas les récompenses...
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L'écrin d'aluminium de bonne épaisseur
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La boîte ne grève pas le prix malgré sa qualité
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Enfin le voilà...


Présentation du casque

La première chose qui frappe c'est que le DT880 n'est pas construit à l'économie. Avec des fourches en aluminium brossé épais et un arceau en acier souple, ne cherchez pas les grincements désagréables inhérents au plastique, la qualité de fabrication est tout simplement irréprochable. Le design, plutôt sobre, n'obéit pas aux dictats de la mode et des tendances. Le casque est doté d'un câble unilatéral droit de 3 mètres de forte section. Ce câble est prisonnier, il faudra donc veiller à ne pas tirer ou marcher dessus trop souvent pour prévenir tout problème. L'arceau est entouré d'un bandeau de mousse similicuir facilement déclipsable. Les coussinets doux et moelleux sont en velours gris et le confort est d'autant plus remarquable que l'arceau n'est pas un étau. Comparé à mon Sennheiser HD580 de taille et de poids équivalents, le Beyer est plus confortable, un vrai canapé pour les oreilles. Le casque s'ajuste de manière classique, via un système à crans. Quant à son utilisation nomade, mieux vaut l'oublier car avec son impédance de 250 Ohms et son rendement de 96 dB (moyen pour un casque), il mettra vite à genoux les amplificateurs des appareils mobiles limités en puissance. Ce n'est pas pour autant un casque difficile à piloter, il s'accommode très bien par exemple de ma carte son Creative Sound Blaster Live USB. Vous en tirerez évidemment le meilleur avec un amplificateur casque.

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La construction respire le sérieux
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Le design est plutôt sobre
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Le jack stéréo 6,35 mm se vissant dans un jack stéréo 3,5 mm
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Le système d'ajustage à crans
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Le Beyerdynamic DT880 à gauche, le Sennheiser HD580 à droite


Caractéristiques techniques

Transducteur ... dynamique
Principe de diffusion ... semi-ouvert
Bande passante nominale ... 5 - 35 000 Hz
Impédance nominale ... 250 Ohms
Pression sonore ... 96 dB
Distorsion harmonique ... [ 0,2%
Charge nominale max. ... 100 mW
Couplage à l'oreille ... circumaural
Pression de l'arceau serre-tête ... 2,8 N
Poids sans câble ... 270 g
Câble ... 3 m / câble droit unilatéral
Connecteur ... fiche jack stéréo 3,5 mm & adaptateur 6,35 mm

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Le flanc de la boîte affiche une sacrée ambition, espérons que le casque tiendra ses promesses


Ecoute

L'écoute se déroule sur un amplificateur casque Rega Ear couplé à une platine Marantz CD67 mkII OSE. Les appareils sont interconnectés via un câble de modulation OSH. Le tout est branché sur secteur avec, en amont de la multiprise, un câble secteur OSH.

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Le matériel de test

Et maintenant voyons si le ramage du DT880 vaut son plumage !

JAZZ

The Dave Brubeck Quartet - Take five (tiré de l'album Time out, 1959, Columbia)
Ce morceau est complexe dans la mesure où les instruments ont beaucoup de détails assez durs à retranscrire.
Restitution pour le moins impressionnante. Les cymbales affichent dès le début beaucoup de détails et une qualité de timbres exceptionnelle. Vient ensuite le saxophone alto, dont on sent immédiatement la densité et le grain. On assiste au milieu du morceau à un jeu époustouflant entre la batterie et la contrebasse, détails à profusion, superbe dynamique, les cordes de la contrebasse sont fouillées et grincent contre la caisse, les tambours de batterie résonnent sans se perdre, les impacts de baguette sont francs. Le piano, en retrait des autres instruments durant tout le morceau, bénéficie de la même qualité de timbres que les autres instruments. La scène sonore ample, le relief et la qualité de timbres donnent à ce morceau de quoi faire briller les yeux.

Claude Nougaro - L'Irlandaise (tiré de la compilation The best de scène (à l'Olympia), 1996, Mercury)
L'intérêt principal de ce morceau en live, même si les instruments sont moyennement fouillés, est la vie qui en ressort, pas toujours évident de la retrouver à l'écoute.
Les applaudissements du début, laissent présager le meilleur. Aucune friture ni enjolivement, les mains claquent comme des mains. Vient ensuite le triangle, très raffiné. Les autres instruments ne le sont guère autant, mais le morceau veut ça. Puis Nougaro commence à chanter, la voix est pleine et bien timbrée, beaucoup de présence, il occupe le devant de la scène sonore et guide le morceau. On est suspendu à sa voix, les moindre changement d'intonation sont là. Sa voix est pourtant assez compliquée à restituer sans effet de voile, le Beyer s'en sort sans aucun problème et la livre nature. On retrouve un espace de scène large, aéré, avec un bon relief.

Peter Cincotti - Rainbow connection (tiré de l'album Peter Cincotti, 2003, Concord Records)
Un morceau d'une simplicité seulement apparente, un chanteur-pianiste et son piano, mais tout en délicatesse. Gare au matériel un peu trop grossier.
La magie s'opère rapidement. Le piano est fouillé au point que l'on entend les impacts de marteau sur le feutre, un plus qui nous aide à ressentir l'intensité du jeu de Cincotti. Les timbres du piano et l'articulation des notes sont exemplaires. La voix de Cincotti, en harmonie avec son instrument est rendue avec autant de délicatesse. Un morceau tout en nuances et en finesse dont le Beyer sait nous livrer l'émotion.

ROCK

Johnny Hallyday - Souvenirs, souvenirs (1960, Editions Alpha) (tiré de la compilation Douce violence)
Du rock des années 60, de la bonne prise de son comme à l'époque, beaucoup d'entrain. Cette compilation a heureusement échappé à la remasterisation.
Le batteur s'en donne à cœur joie à gauche, le guitariste aussi à droite. Johnny, très énergique, est devant avec une furieuse joie de chanter. Le morceau va vite, pas le temps de souffler, une vraie course. La batterie est ronde, pleine et pas tellement détaillée, la guitare n'est pas sèche du tout, le son des années 60 est bien là. Le morceau est restitué à la perfection par le Beyer, neutre, qui rend aux chansons de l'époque cette teinte d'insouciance.

CLASSIQUE

Karl Böhm / Orchestre Philharmonique de Vienne - Dies irae (tiré de l'album Requiem de Mozart en ré mineur KV626, 1971, Polydor)
Cet enregistrement constitue un défi important car le morceau est tellement riche en chœurs et instruments qu'il est difficile de restituer sa densité et sa complexité.
La scène est un peu compressée, cela est dû l'enregistrement tout comme certaines légères saturations de voix, la transparence et la neutralité du Beyer permettent de le remarquer ce qui n'est pas toujours le cas chez les autres marques. Les chœurs et instruments ne se mélangent jamais en pâte sonore indigeste, tout est propre. La force et la richesse de l'interprétation sont bien rendues. La modulation limitée du morceau n'est pas amplifiée par le casque. Là encore le Beyer s'en sort admirablement en nous servant l'enregistrement tel qu'il est.

Paul Paray / Detroit Symphony - Charles Gounod : Funeral march of a marionette (tiré de la compilation Mercury Living Presence, 1994, Mercury)
Un vieux morceau enregistré par Mercury avec sa célèbre technique à trois micros seulement. Un morceau qui nécessite de la finesse et de la force car riche en détails et très modulé.
La restitution est intimidante, on se fait petit devant la taille de la scène sonore. Les instruments s'imposent avec raffinement, et la grosse caisse et les cymbales viennent ponctuer le jeu délicat des violons de pics d'intensité. Le Beyer contrôle cela avec une main de fer, la restitution est douce et forte à la fois. Les instruments sont fouillés. Les timbres semblent un peu ronds, cela est certainement dû aux microphones de l'époque. Le Beyer ne tombe pas dans le piège de l'interprétation surjouée qui la rendrait trop dure, il reste neutre et s'applique à coller à la volonté de l'artiste.

ELECTRONIQUE

Jean-Michel Jarre - Souvenir of China (version stéréo, tirée de l'album Aero, 2004, Aero Productions)
Ce morceau n'est pas réellement un défi, simplement un test pour voir le comportement du casque avec des sonorités synthétiques.
C'est une très bonne surprise car le Beyer nous délivre de l'espace, beaucoup d'espace. Les différents effets stéréo et les impacts sur fond planant nous conduisent à une sorte d'ivresse sonore, on entre vraiment dans le morceau. Le relief est excellent. Difficile de juger de la justesse des timbres car en musique électronique il n'existe pas de référence " réelle " à laquelle comparer ce que l'on entend. Le Beyer démontre sa neutralité par sa polyvalence.

Fad Gadget - Collapsing new people (Berlin Mix) (tiré de la compilation The best of Fad Gadget, 2001, Mute Records)
Un morceau dangereux qui peut déstabiliser un casque ou une enceinte car le grave sollicite exagérément la suspension du transducteur, gare aux saturations et aux effets de pompage.
Le Beyer passe ce test avec succès sans saturer et pourtant on sent les transducteurs bouger de manière inquiétante. Il pousse même l'insolence à reproduire sans difficulté les médiums et les aigus durant l'exploration du grave. En plus de la polyvalence, le DT880 est capable de maîtriser efficacement tout débordement de ses transducteurs. Il peut donc aussi, je suppose, jouer d'autres styles de musique moderne. Attention toutefois à sa grande transparence qui déshabillerait tout enregistrement mauvais.


Conclusion

Force est de constater que le texte de la boîte n'est pas un discours marketing mais bien la réalité. Le DT880 tient toutes ses promesses. Sa neutralité, sa transparence, sa musicalité, sa résistance en font un casque polyvalent qui vous livrera vos disques nature. Si vous aimez la musique, ce casque comblera vos attentes si vous lui fournissez des enregistrements de qualité. Gare aux enregistrements de piètre qualité (que vous finirez par ranger dans un tiroir) après qu'il ait déshabillé sans complexe quelques supercheries de studio.

+ Qualité de fabrication
+ Confort
+ Neutralité, équilibre
+ Musicalité
+ Prix


- Câble prisonnier

Je lui mets 18/20, il faut bien laisser une petite marge de progression à Beyer.

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