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Interopérabilité : l'Arlésienne du DRM
Tariq
posté 01/02/2004, 17:52
Message #21


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Hum,
C'est bien d'avoir des doutes, mais ici au noms des audionautes de génération MP3 nous avons fait des choix :

l'interopératibilité et l'absence de mesures techiques de protection (MTP) et de DRM nous permettent d'utiliser nos baladeurs MP3.

Quand tu tiens ton discours, tu accepte que nous utilisateurs de baladeurs MP3 soyons condammné par cette "bonne" loi à de la prison et une amende (150000 euros) pour transférer un fichier de notre CD vers notre baladeur MP3.

Tu nous considère comme des cobayes, en disant que le marché des DRM va se réguler. Cela fait dix ans qu'il doit se réguler et aujourd'hui 100% de la musique des 3 plateformes numériques "légales" que sont virginmega, ecompil et OD2 sont incompatible avec mon baladeur iriver acheté le plus légalement du monde. Sur le site, notre combat n'est pas un combat de juriste ou de pseudo spécialistes.
Nous sommes des gens qui avons fait un investissement (un baladeur MP3) et nous voulons protéger notre investissement des anneries et errerements marketing des majors.

Une loi qui transforme un mec qui transfert un CD acheté à la FNAC ou un morceau acheté sur FNAC.com sur un baladeur qu'il a acheté légalement à la fnac en criminel (2 ans de prisons, 150000 euros d'amende) est une mauvaise loi point barre. le reste c'est du pipo.
Je pense que la défense du P2P n'a rien a voir la dedans. Nous nous battons meme pas pour notre liberté de consommateur, juste pour moins de stupidité de la part des juristes et du legislateur. Savoir que les gens qui vont voter la loi EUCD n'ont jamais eu ou vu de baladeurs MP3 dans leur vie et qu'on les laisse voter la manière de l'utiliser me révolte.
Toi apparement cela ne te fait rien, c'est dommage. le monde numérique a besoin de valeurs et de légalité certes, mais il a aussi besoin de bon sens. Et nous serons la pour le rappeler !


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Guillaume Champe...
posté 01/02/2004, 18:26
Message #22


Nioubiz


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Attention quand même Tariq à ne pas être ridicule non plus, les condamnations ne sont pas prévues pour ceux qui transfèrent une plage CD sur un lecteur MP3. Elles le sont pour ceux qui reproduisent en masse les supports pour les vendre sur le marché noir. Regarde en Italie, au niveau des films, 30% de l'offre est issue du marché noir. Elles le sont aussi pour ceux qui contournent la protection pour mettre l'oeuvre à disposition de tous sur Internet. C'est contre ça que la loi prévoit une peine d'emprisonnement et 150.000 euros d'amende. Les "audionautes", ils s'en fichent un peu, et les juges savent très bien faire la part des choses. Je sais que tu me diras "on ne doit pas prendre le risque", mais c'est une composante que tu ne peux pas non plus ignorer.

Donc non n'attends pas de moi que le cas que tu décris me révolte particulièrement, puisque je ne peux pas croire qu'un juge aurait la stupidité d'appliquer la loi dans ce cas précis. Ca me révolterait énormément s'il s'avérait que j'ai tort, mais je n'arrive pas à croire que ça puisse effectivement arriver. Et les exemples américains de Sklyarov et Johansen sont là pour me conforter.

Par contre je suis beaucoup plus sensible au fait que quelqu'un qui fasse un rip d'une oeuvre culturelle pour la mettre à la disposition de tous se retrouve en prison, privé de sa liberté de mouvement, privé de sa famille, de ses amis, de ses passions, bref, d'une grande partie de sa vie. La propriété intellectuelle doit-elle être forte au point d'en arriver là ? Sûrement pas. Donc je vous rejoins dans votre combat, mais davantage sous cet angle là.


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Guillaume Champeau
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Tariq
posté 01/02/2004, 20:23
Message #23


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Citation (Guillaume Champeau @ 01/02/04 - 17:26)
Attention quand même Tariq à ne pas être ridicule non plus, les condamnations ne sont pas prévues pour ceux qui transfèrent une plage CD sur un lecteur MP3.

Elles le sont aussi pour ceux qui contournent la protection pour mettre l'oeuvre à disposition de tous sur Internet.

Les "audionautes", ils s'en fichent un peu, et les juges savent très bien faire la part des choses.

Donc non n'attends pas de moi que le cas que tu décris me révolte particulièrement, puisque je ne peux pas croire qu'un juge aurait la stupidité d'appliquer la loi dans ce cas précis.

En es tu si sur ?

Je ne sais pas sur quelles bases tu peux dire cela, si c'est écrit dans la loi alors c'est applicable. Tout les possesseurs de baladeurs MP3 seront des criminels. La question à poser n'est plus de savoir si un juge va interpréter telle ou telle loi, mais bien de ne pas avoir de loi comme celle la. je crois que tu n'as toujours pas compris, tant pis !

nous avions déjà eu cette discution sur ton site !, http://www.ratiatum.com/forum/index.php?showtopic=18745&hl=


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tekool
posté 01/02/2004, 20:25
Message #24


Nioubiz


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Bonjour,

En réponse au post de Guillaume, celui avant qu'il ne décide de prendre du recul.

Citation
Mais sans DRM, qu'offres-tu comme solution sur Internet à des gens comme Tariq qui travaillent à la rédaction d'études pointues, et risquent de les voir diffusées librement, gratuitement ?


La vente sur un support un papier ? La réalisation d’études à la demande où le premier exemplaire vendu rembourse le travail produit ? Et toi, si il choisit le support numérique, techniquement, que proposes tu à Tariq pour protéger efficacement la valeur économique de ces documents ? TCPA/Palladium ? NSGCB ? Et jusqu’où es tu prêt à aller pour préserver cette valeur économique, pour créer de nouveaux modèles économiques basés sur le contrôle ? Jusqu’au contrôle total de cette information ? Par celui qui a produit l’information ? Ou par celui qui édite le logiciel qui la manipule ?

Sais tu comment fonctionnent les architectures dites de confiance qui seront le support des MTP dans quelques années ? Ce qu’elles impliquent en amont pour les éditeurs de logiciels en terme de certification ? En terme de centralisation des signatures de binaires ? Ce qu’elles impliquent en aval pour le droit à l’information ? Pour le journalisme d’investigation ? Pour la liberté d’expression ? Sais tu ce qu'il faut pour rendre à peu près efficace une mesure technique ? As tu déjà étudier, modifier, corriger, compiler un code source de mesure technique comme j’ai du le faire pour démontrer à la DDM que la protection par le secret est par essence discriminatoire ?

Concernant tes assertions sur les dangers des mesures techniques de protection :

1°/ Tu estimes que les bibliothèques ne sont pas en danger même si elles disent le contraire via l’IFLA (Fédération Internationale des Bibliothèques). Voici la position de cette organisation :

Digital technology enables [publishers] to track and charge for every instance of electronic access, even for browsing…. The resulting market power then allows the publisher to impose monopoly prices and potentially oppressive terms on users, including libraries, academies, institutes and research centers, and to ignore the social consequences that ensue from the inability of research organizations to pay for such access.” – The IFLA position - Pamela Samuelson and J.R. Reichman, Vanderbilt Law Review 50(1) January 1997 p71.

Toi qui es étudiant, bien souvent, le travail de recherche ne consiste t-il pas à parcourir des documents pour voir qu’il ne faut pas les lire en entier. Que faire quand tu payes à l’accès ?

2°/ Tu penses que il n’y a pas de problèmes pour le domaine public même si le fondateur du Projet Gutemberg, crée en 1971 et qui a pour objectif de numériser tous les livres du domaine public (11 000 à l’heure actuelle) s’exprimera le 12 février, à Paris, à l’UNESCO, grâce à l’activisme d’associations du libre qui l’ont fait venir notamment pour évoquer la menace des MTP pour son projet. Un exemple : une oeuvre protégée par une MTP et dont l'éditeur a disparu. Qui paye pour la libérer de sa gangue cryptée quand elle tombe dans le domaine public ? Il n'y a même pas d'obligation dans le projet de loi pour prévoir une date de péremption de la mesure technique.

3°/ Et tu penses que les auteurs de LL (logiciels libres, remarque de tariq en passant Sourire.gif) ne sont pas menacés même si ,eux, se battent, via notamment toutes les représentations FSF dans le monde, pour éviter de telles lois. Même si plusieurs d’entre eux ont déjà fait de la prison pour rien. Et même si j’ai démontré à la DDM qu’il y avait un problème, la protection par le secret excluant par nature les auteurs de logiciels libres de segments entiers du marché.

4° / Tu laisses aussi sous-entendre que le consommateur n’aura pas trop de problèmes, qu’il n’a somme toute pas grand chose à dire, qu’il n’a qu’à pas acheter d’œuvres protégées, se tourner vers des artistes intelligents qui ne protégent pas leurs œuvres, et ce, bien que la plupart des assos de consommateurs soient contre les conséquences des MTP.

Pour résumé, à lire tout le fil de discussion, et dis moi, si je me trompe, je dirais que tu acceptes bel et bien l’idée que l’usage privé puisse être contractualisé et contrôlé techniquement, même si tu ne le souhaites pas. Tu l’admets en tout cas au nom de la toute puissance de l’auteur sur son oeuvre. Mais tu penses que tout va bien se passer, que le marché et le juge vont réguler, qu’il n’y aura que peu d’atteintes aux libertés individuelles, que les grandes entreprises comprendront qu’il ne faut pas abuser, de ce nouveau pouvoir illimité que la loi leur permet à travers la technique. Tu penses que le consommateur fera barrage.

Alors que moi, je dis, tout comme l’IFLA, la FSF, l’UFC Que Choisir, l’EFF et tant d’autres, que le droit d’auteur n’est pas un droit de propriété, que l’usage privé ne regardes pas l’auteur, qu’il ne peut en aucun cas chercher à le contrôler techniquement et que des lois comme l’EUCD ou le DMCA sont trop dangereuses, vu les structures des marchés concernés, les technologies employées, les exemples avérés d’abus, pour qu’on prenne le risque de transposer, de conserver ou d’appliquer de telles lois.


**

A propos des poursuites inutiles

Tu as dis, même si c’est transposé, les développeurs qui passeront outre les MTP seront relachés, ce qui t’a fait dire conclure un peu trop rapidement que les développeurs de logiciels libres n’avaient pas tant de problèmes que ça. C’est légitime de menacer et d’enfermer des gens pour rien ? Ca sert à quoi autrement la protection légale des MTP ? Ca sert à rien.

Jon Johansen avait 15 ans quand les flics ont débarqué chez lui et l'ont embarquer. Il va peut-être porter plainte pour acharnement judiciaire car pendant des années il a été harcelé pour rien. Heureusement que l’EFF a payé ses frais de justice. Jon, il était innocent et tout le monde le savait mais la MPAA s'est acharné pour essayer de faire un exemple. Quant à Dimitri Skyliarov, il a fait six mois de prison pour rien sur les bases du DMCA. Si je me souviens bien, il n’a pas vu naitre sa fille. Il était en prison. C’est une honte de faire des lois qui permettent de mettre en taule un type qui se contente d’exercer son droit à l’interopérabilité et il faut le dire ouvertement. Si l’utilisateur contrefait, c’est sa responsabilité pénale, pas celle de Jon ou de Dimitri. Les logiciels de Jon et Dimitri circulent et ils sont utilisés à des fins licites ou pour violer la loi. Et c’est très bien comme ça. Tout comme un fabricant de couteaux, un développeur n’est pas responsable des actes de ses utilisateurs, sinon, ça ferait longtemps que les softs de P2P seraient interdits.

Et comprends bien que ca ne sert à rien une MTP, du moins tant que les architectures dites de confiance ne sont pas massivement déployées - ce qui est en cours via des players qui se mettent à jour automatiquement, des cartes mères avec chip TCPA non activé mais activable quand il sera temps. Ceci dit, pour l'instant, ca ne sert qu’à faire chier le monde pendant quelques mois une MTP, le temps qu’un type qui a un peu de coucougnettes dans le pantalon et des neurones plein la tête, la contourne publiquement, en risquant la prison, comme Jon récemment avec QtFairUse.

Tout cela pour le plus grand soulagement du public qui peut enfin récupérer ses droits, que des industriels essayent de lui voler car la plupart des gens n’ont pas la compétence pour se libérer. C’est pour ça qu’on tape sur ceux qui savent, qui ont la connaissance et qui la partagent. Dire que on peut les tolérer les MTP, qu’après tout les gens qui favorisent l’interopérabilité favorisent indirectement le piratage et qu’on peut les poursuivre au cas où, c’est accepter que la technique se substitue à la loi, c’est admettre que le progrès peut-être arrêté par le secret, c’est considérer que l’ignorance est un outil de contrôle de masse.

Et puis, si l’EUCD est inutile, puisqu'on a le droit de contourner une mesure technique à des fins d'interopérabilité, comme tu l’a toi même reconnu, en reprenant les jurisprudences que j'ai cité, pourquoi donc accepter de transposer une telle loi en France étant donné qu'elle ne semble servir qu'à des fins de terrorisme judiciaire, contre des auteurs qui prennent le risque de publier leurs logiciels sous leur nom pour permettre au public de jouir de ses droit normalement ? De plus, en France comme EUCD.INFO l'a démontré, nous avons déjà toutes les dispositions législatives.

http://eucd.info/documents/transposition-eucd-2003-06-20.pdf



A bientôt,

Christophe
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Guillaume Champe...
posté 01/02/2004, 21:30
Message #25


Nioubiz


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Bien,

Je ne vais pas répondre en détail Christophe parce que tout simplement je considère que tu as raison sur la majorité des points. Je persiste juste sur le fait qu'en France, je ne crois sincèrement pas que quelqu'un se retrouverait en prison comme Jon ou Dmitry. Et je suis le premier à condamner ces emprisonnements, je l'ai déjà fait sur Ratiatum. Je tiens aussi à dire que le fait que de multiples associations aient le même point de vue ne prouve pas forcément que j'ai tort. Dans un domaine totalement différent, on a vu des tonnes d'associations, les média, la population, les politiques, se battre contre "l'arrêt Perruche" en croyant que les juges reconnaissaient un préjudice du seul fait d'être né, et se féliciter ensuite de l'adoption d'une loi pourtant inadmissible qui empêche certains handicapés de recevoir une indemnisation qui financerait les équipements médicaux dont ils ont besoin. La majorité a parfois tort.

Pour répondre à Tariq, si je suis si sûr de moi sur la clémence des juges, c'est que le système pénal français est basé sur le principe de la peine maximale. Le juge a toute liberté, quand il trouve l'infraction, d'appliquer une peine inférieure à celle prévue par le code. Et il le fait dans la très grande majorité des cas. La peine inscrite sur le code a une fonction dissuasive, et n'est atteinte que dans des affaires très extrêmes.

Maintenant, comme je l'ai dit, je vais remettre en cause mes positions. Je suis un peu placé sur la sellette ici, mais je ne suis pas têtu (un peu quand même j'avoue langue.gif ), et je pense avoir bien compris vos inquiétudes. Vous n'avez sans doute pas perdu votre temps dans ce débat. J'ai discuté avec d'autres associations sur la LEN par exemple, et elles ne m'ont pas du tout convaincu, mais les arguments de Christophe sont solides et méritent la réflexion.

Amicalement,


--------------------
Guillaume Champeau
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boogieplayer
posté 01/02/2004, 23:31
Message #26


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Lorsque j'allume une bougie, son faible éclat ne déchire qu'à peine le rideau de la nuit. La faible lueur n'est qu'une ombre de lumière au coeur de l'obscurité.

Mais avec cette bougie, je peux en allumer une autre, dix autre, mille autre, cent mille autres, sans que ma bougie ne perde quoi que ce soit. Au contraire, toutes les bougies sont allumées, et ma bougie est toujours la même.
De même que ma bougie allument une autre bougie, en allume une autre, puis une autre... puis une autre.
Et grâce à petite contribution, la nuit se déchire s'emplissant de la lumière de chaque bougie, anéhantissant l'abscurité et faisant naitre le jour, la clareté.

Le partage ce n'est que cela, une bougie qui en allume des milliers d'autres sans perte ni gain.
Le partage de la culture, du savoir, de la connaissance, ce n'est que cela et rien d'autre.
Donner à l'autre ne nous fait rien gagner, ni perdre individuellement, mais, collectivement, nous rend plus grands.

Certes le vendeur d'allumette n'a vendu qu'une allumette pour toutes ces bougies, au lieu de miliers d'allumettes. Mais dans ce cas le nombre de bougies allumées dépend du nombre d'allumettes...

Mais alors, que voulons nous ? Quelle Humanité, quel futur voulons nous ? Nous sommes face à un choix, ne plus mesurer que le nombre d'allumettes, et lorsque qu'il n'y aura plus d'alumette je n'allumerais pas ma bougie. Dans l'autre cas, rien n'arrêtera jamais la transmission de la lumère. Et pourtant les allumettes seront toujours utiles, pour raviver les bougies trop vite atteintes.

Ainsi soit-il que je ne puisse me résoudre à vivre dans un monde où on m'interdira de donner librement à l'autre ce que je sais, ce que je pense... la flamme de ma bougie ?
Comment puis-je me résoudre à laisser naitre un monde où je ne serais jamais sûr que ma main tenant la bougie est peut être observée et jugée ?
Comment puis-je me résoudre à me voir controllé et contraint dans la vie de ma bougie ?
Comment puisse je me résoudre à voir ma vie sous le joug des manufacturiers d'alumettes ?
Comment puis-je me résoudre de vivre dans un monde où je suis né l'égal de mon prochain en droits, ne sois qu'une liberté de dupe mise sous la tutelle des puissants ?

Toute cette technologie est-elle réellement au service de l'humanité et de son rêve de progrès juste et partagé ? Ou simplement dans l'optique d'un gain instantané... Où sont les jalons de la vision d'ataraxie que l'on nous promet ?

L'avenir ne sera que ce que nous en ferons et rien d'autre. Demain ne sera que ce nous aurons commencer à batir aujourd'hui. Le choix, comme toujours, nous appartient... quel avenir voulons nous.
Que voulons nous faire de ce bien si précieux que sont nos arts et nos créations de l'esprits ?
Doit-on les enfermer dans une gangue protectrice et entièrement controllée, ou au contraire libre et disponible au monde.

A toi, à moi, à nous...

Libera me...


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tekool
posté 02/02/2004, 15:49
Message #27


Nioubiz


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Bonjour,

Je suis heureux de constater que Guillaume envisage de changer son point de vue. Comme je lui ai dit, je prenais le temps de lui répondre car, en s’exprimant publiquement sur de tels sujets, sans avoir, amha, creuser suffisamment la problématique, et comme il a une certaine audience via Ratatium, il pourrait convaincre ses lecteurs que le déploiement de MTP est justifiée et qu'il ne faut pas s'y opposer mais laisser faire. Et, pour rebondir sur le post de Boogie, je suis convaincu que « mieux vaut allumer une bougie, que de maudire l’obscurité ».

Le danger des mesures techniques de protection est un sujet qui est déclinable des heures durant et dont les conséquences économiques et sociales peuvent être dramatiques si on ne s’y oppose pas. Il faut se battre contre la protection légale des MTP, au nom du droit à l’interopérabilité et pour éviter que des développeurs se retrouvent en prison (le risque existe, Guillaume, c’est déjà trop) ; et il faut aussi se battre - et surtout - contre le principe même de MTP visant à contrôler l’usage privé (j’utilise souvent mesures techniques de contrôle pour aller plus vite puisque la protection ne sert finalement qu’à garantir le contrôle). Il faut boycotter les produits et les services qui s’appuient sur des telles technologies. Comme le disait Guillaume, le consommateur a un certain pouvoir, le pouvoir d’achat. Mais, si à terme, seules des technologies intégrant des MTP sont autorisées, que fera t-il notre consommateur ? C’est le but des Super-DMCA passés dans plusieurs états aux US, poussé par la MPAA, c’est le but du traité OMPI dit des casters en cours de rédaction, poussé par une coalition d’industriels désireux de transformer Internet en un réseau univectoriel ultra contrôlé. Pendant que j’essaie de convaincre Guillaume, pendant que j’essaie d’informer les lecteurs de ce forum, les lobbies continuent leur travail de sape, avec des moyens colossaux et au plus haut niveau. Inexorablement. Sans pitié.

Lutter en tant que consommateur en boycottant et en indiquant systématiquement aux différentes entreprises concernées que l’on refuse de rentrer dans une logique de contrôle, n’empêche pas qu’il faut aussi se battre juridiquement et politiquement, qu’il faut s’organiser, pour bannir des lois que je qualifierais d’iniques. Idéalement, les MTP, au lieu de les protéger légalement, il faut les faire interdire. C’est d’ailleurs ce qu’a proposé le député PS, Didier Mathus, en mettant les pieds dans le plat : interdire les mesures techniques qui empêche la copie privée.

Pourquoi me direz vous faut t-il faire interdire les MTP ? Pourquoi faut-il dire clairement que l’on refuse d’être contrôlé par des technologies ?

Parce que on ne peut s’en remettre éternellement à des petits gars courageux et ingénieux comme Jon et Dimitri pour jouir de droits légitimes. Parce que, comme je l’ai dit tout au long de ce fil, ces outils sont dangereux sur le court, le moyen et le long terme. Parce qu’ils sont éthiquement inacceptables. Et aussi parce que les promoteurs de cette fumeuse informatique de confiance (Microsoft et Adobe notamment) se sont regroupés avec des fondeurs (Intel, et AMD) et des fabricants de periphériques (cartes sons, cartes vidéos, cartes réseaux, ..) au sein de consortiums. Le but, c’est que ne pourront s’exécuter que des logiciels reconnus comme sûrs et qui ne communiqueront qu’avec des périphériques eux aussi jugés sûr. L’idée c’est d’empêcher tout interception de flux, tout accès au disque ou à la mémoire aux logiciels non sûrs. Si vous ne pouvez même pas étudier le fichier pour déduire son format car vous n’avez pas accès au dit fichier, l’ingénierie inverse devient extrêmement difficile. Et pour réellement interopérer, il faut déjà étudier le fonctionnement des puces électroniques, ce qui est fort complexe. Par exemple, pour hacker la Xbox afin de la faire booter sous Linux , au grand dam de Microsoft, il a fallu que des petits gars comme il faut accèdent à un labo ultra-spécialisé et utilisent une machine valant des millions de dollars et dont il n'existe qu’une dizaine d’exemplaires dans le monde. Tout se casse, tout se contourne mais à quel prix ? Et en combien de temps ?

TCPA/Palladium, renommé apparemment, NSGCB, l’architecture de « confiance » par excellence, est un cauchemar technologique qu’il faudra tout simplement boycotter puisque elle ne mérite que ça, l’interdiction légale semblant malheureusement difficile. La guerre annoncée entre Phillips/Sony et Microsoft aidera sûrement à contenir la menace tout comme le refus des chinois, des indiens et d’autres de devenir dépendants de technologies américaines. Mais quand on connaît la part de marché de Microsoft et « l’ignorance» du grand public sur ces sujets, on se dit que quand ils vont déployer, ça pourrait passer surtout qu’ils le font par étapes. Vicieusement car conscients que leur architecture est inacceptable. Et c’est bien pourquoi il se cachent derrière des termes comme « confiance », « sécurité », « protection ». Pour endormir le chaland.

Il faut se tourner massivement vers des alternatives. Plus respectueuses des droits des citoyens. Il faut, comme le disait Guillaume, créer des foyers culturels tant de contenus payants que de contenus libres mais tous enregistrés à de format ouverts. Il faut lutter pour la licence légale, pour tout les mécanismes de mutualisation du coût de la culture mais qui ne restreigne pas la circulation des œuvres permise par le progrès technique. J’ajouterais il faut rendre les distribs Linux encore plus accessibles, encore plus user-friendly, bien que, n’en déplaise à Guillaume, un peu de mauvaise foi sur ce coup là clindoeil.gif, il y a eu d’énormes progrès et elles sont désormais parfaitement utilisables par un « newbie » ou un utilisateur grand public si il accepte de prendre un peu de temps pour s’émanciper du formatage Microsoftien.

Il est toujours difficile de changer ses habitudes, et certes il manque encore certaines fonctionnalités, mais la liberté, l’autonomie, le plaisir de n’utiliser que des softs non crackés, a un prix. Il faut s’y mettre progressivement pour s’habituer aux menues différences. A un moment, il faudra de toute façon choisir son camp donc autant commencez à vous habituer avec un double boot, si ce n’est pas déjà fait. Actuellement, normalement, si vous utilisez des machines modernes, il n’y a pas de problèmes majeurs. Renseignez vous simplement préalablement sur le web de l’existence de drivers pour vos périphériques. Dans quelques cas, de plus en plus rares, il n’existe pas de drivers.

Pour info, le problème de Linux, c’est principalement la rétention des spécifications techniques par les fabricants de périphériques qui empêche de faire facilement des drivers pour Linux. C’est le fait que les gens quand ils achètent un PC, Windows est systématiquement installé. C’est le fait que l’Education Nationale n’a pas compris que l’indépendance technologique de la France commence par former sa jeunesse sur des OS libres. Le gouvernement français avait signer un blanc-seing à Microsoft pour qu’ils investissent les écoles publiques.. Heureusement, des assos du libre se sont élevés et ont réussi à faire modifier l’accord-cadre de l’éducation nationale pour que cette dernière revoit ses positions.

Retour à la case départ : rétention d’information nécessaire à l’interopérabilité, abus de position dominante, vente liée, ignorance des élites sur les enjeux réels. Mais plus il y aura d’utilisateurs Linux signant des pétitions exigeant des drivers pour Linux, plus les fabricants seront obligés de fournir des drivers ou aux moins leurs specs aux développeurs. Plus il y aura de gens qui exigent de se faire rembourser leur Windows en invoquant de le Code de la Consommation, plus les constructeurs envisageront de proposer une alternative ou des double boots. Et plus il y aura de parents qui formeront leurs enfants à Linux et engueuleront les proviseurs qui dépensent l’argent public dans des technos propriétaires et américaines, plus il y aura de chances que, demain, la France deviennent un pays utilisant massivement des logiciels libres pour le plus grand bohneur du contribuable français. Et pour sa sécurité.

Pour en revenir aux MTP, Guillaume a été, je pense, un peu aveuglé par ce que j’appelle l’illusion du contrôle. C’est tout à fait compréhensible et c’est tout à son honneur de se remettre en question, d’autres refusent de le faire, et au plus haut niveau. De nombreux juristes et politiques se disent ainsi « c’est fou ce qu’on peut faire avec la technique pour résoudre les problèmes posés par la technique : essayer de faire appliquer la loi et le contrat ». Ils oublient que ce n’est pas eux, ni un juge qui va gérer le système, prendre la décision ou interdire telle ou telle action. Ils oublient qu'un ordinateur, ça restera toujours une machine. Bête, incapable de prendre en considération le contexte. Ils oublient que la CNIL n’a aucun moyen de contrôler ces millions de machines. Ils oublient l’ultra-concentration des marchés concernés, le pouvoir des multinationales et leur désir de rentabilité à tout prix. Il se focalisent sur les enjeux économiques sans jamais prendre en compte la dimension éthique, le long terme.

Dans un environnement en réseau, seul l'utilisateur peut gérer ses données personnelles et sa sécurité. Et, amha, seul le code source ouvert peut lui garantir que le binaire qu'il utilise fait bien ce qui est décrit dans le code source. Seul la lecture de ce code source par des dizaines de millier de paires d’yeux à travers le monde peut lui garantir que ce logiciel est digne de sa confiance. Et pourtant le code source ouvert, certains envisagent de l’interdire car comme je le le dit dans mon texte sur l’interopérabilité, quand on veut prendre la main sur un ordinateur personnel, quand on veut contrôler l’information, l’utilisateur est la menace, l’ignorance est la solution .

J’ai touché mon premier ordinateur personnel il y a une vingtaine d’année (un TI-99-4A). J’ai été développeur pro pendant plus de 7 ans. C’était mon métier et ma passion avant de décider qu’il fallait à un moment défendre mes droits et ceux de mes futurs enfants. Car je sais jusqu’où on peut aller dans le traitement automatisé de données personnelles sans qu’un utilisateur s’en aperçoive, et dans la prise de contrôle de son ordinateur sans qu’il n’y puisse rien. Je veux que mes enfants grandissent dans un monde où ils pourront faire des copies pour leur usage privé, où ils pourront librement se préter des livres électroniques comme je prétais des BD en papier. Sans demander l’autorisation à l’éditeur. Sans devoir payer à la page lue. Sans que l’on sache ce qu’ils ont lu. Et sans que l'on décide pour eux, de la marque de lunettes nécessaires.

J’ajouterais, et sans aucune agressivité, simplement par souci d’informer, que Guillaume était un peu inconscient quand il a dit que que c’est pragmatique de dire qu’il va peut-être falloir compter le nombre de lectures. C'est dangereux pour les libertés individuelles, pour la protection des données personnelles. Ca sent le traçage de goûts littéraires et artistiques, donc indirectement de préférences philosophiques, religieuse et politiques. Je ne dis pas que c'est qu’il veut. Je suis même convaincu du contraire. Et on pourrait compter anonymement mais comment le savoir si on ne peut vérifier ? Je dis que c'est un risque énorme de rentrer dans une logique de surveillance généralise et forcé des usages car certains sont bien entendu intéressés pour stocker de telles informations dans des bases de données centralisées. Et ils ont un pouvoir énorme. Car eux, ils contrôlent le contrôle.

Guillaume, dis toi que tu risques d’influer sur tes lecteurs quand tu déclares que la transposition française est une bonne transposition, que les MTP sont légitimes et que la disparition de l’interopérabilité, ce n’est finalement pas si grave. J’espère que tu vas y repenser, peser le pour et le contre. Longuement. Calmement. Mettre sur la balance les droits des uns et des autres, les risques et les bénéfices. J’espère sincèrement, qu'à terme, une fois la pesée faite, tu vas changer d’avis, revoir ton texte sur l ‘EUCD et informer sur les dangers des mesures techniques de protection visant à contrôler l'usage privé.

Ce n’est pas parce qu’on peut faire, qu’il faut faire. On ne peut pas tout faire avec l’informatique. Pas forcément pour des raisons techniques. Pour des raisons éthiques.


Amicalement,

Christophe

« L’ignorance coûte plus cher que l’information » - JFK

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speedy
posté 02/02/2004, 15:54
Message #28


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Citation (boogieplayer @ 01/02/04 - 23:31)
Lorsque j'allume une bougie, son faible éclat ne déchire qu'à peine le rideau de la nuit. La faible lueur n'est qu'une ombre de lumière au coeur de l'obscurité.

Mais avec cette bougie, je peux en allumer une autre, dix autre, mille autre, cent mille autres, sans que ma bougie ne perde quoi que ce soit. Au contraire, toutes les bougies sont allumées, et ma bougie est toujours la même.
De même que ma bougie allument une autre bougie, en allume une autre, puis une autre... puis une autre.
Et grâce à petite contribution, la nuit se déchire s'emplissant de la lumière de chaque bougie, anéhantissant l'abscurité et faisant naitre le jour, la clareté.

Le partage ce n'est que cela, une bougie qui en allume des milliers d'autres sans perte ni gain.
Le partage de la culture, du savoir, de la connaissance, ce n'est que cela et rien d'autre.
Donner à l'autre ne nous fait rien gagner, ni perdre individuellement, mais, collectivement, nous rend plus grands.

C'est une belle image qui illustre parfaitement la situation! jap.gif

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Guillaume Champe...
posté 02/02/2004, 17:35
Message #29


Nioubiz


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Christophe,

Quelques questions dont tes réponses m'aideront peut-être à mieux comprendre cette rage, y compris contre la transposition française que j'ai accepté (et note que j'accept(ais?) la transposition française, pas la directive européenne brute) :

- Tu dis si j'ai bien compris qu'une solution serait d'interdire les MTP qui empêchent la copie privée. L'article 8 du projet français dispose que "Les titulaires de droits mentionnés à l'article L. 331-5 (i.e les titulaires de droits d'auteur et droits voisins) prennent dans un délai raisonnable, le cas échéant après accord avec les autres parties intéressées, les mesures qui permettent le bénéfice effectif des exceptions définies aux 2° et 7° de l’article L. 122-5 et au 2° et 6° de l’article L. 211-3 (i.e copies privées et autres exceptions) dès lors que les personnes bénéficiaires d’une exception ont un accès licite à l’oeuvre[...]". En clair, on fait obligation aux industriels de s'assurer que le droit à la copie privée puisse être exercé normalement, et à défaut, d'agir rapidement pour trouver une solution. Est-ce le fait que les industriels n'aient pas une obligation "a priori" mais "a posteriori" qui te gêne, ou est-ce plus général ? (dans le premier cas je te rejoins, on devrait imposer une obligation a priori ; dans le second cas j'aurais plus de mal à suivre ton raisonnement).

- En ce qui concerne la vie privée vis à vis des DRM, je vais me faire l'avocat du diable à contre coeur, mais il me semble que le TCPA prévoit une identification dans un système de clé publique/clé privée qui répond justement à cette critique. D'un point de vue strictement technologique, n'est-ce pas suffisant ? (qu'on soit bien d'accord, je ne défends pas le TCPA, mais j'essaye d'être objectif)

- Pour Linux, je n'ai jamais dis ni pensé qu'il n'était pas au point pour les particuliers. Seulement ce serait se mentir que de dire qu'il s'agit d'un succès ; je ne suis pas spécialiste en la matière, mais il me semble que Mandrake qui fournit pourtant la distribution la plus grand public, est passé proche du dépôt de bilan. C'est bien qu'il y a encore des problèmes à corriger, que ce soit techniques (énormes progrès réalisés à ce niveau), ergonomique (là il serait temps que la communauté réalise que la structure des données - /etc /usr / ...- est d'une complexité incroyable par rapport à celle de Windows, et que démocratiser Linux passe par une réorganisation des choses ; The GIMP, souvent montré en exemple technologique, est une horreur à utiliser au niveau de l'interface par rapport à un Photoshop, etc.) , ou marketing (et là j'applaudis les initiatives comme LindowsLive ou Knoppix). Bref, on sort du débat, mais je tenais à le dire clindoeil.gif
De tous ces problèmes, les documents/oeuvres libres n'en ont qu'un : le "marketing". Avec un peu d'organisation, ça me paraît tout à fait jouable d'avoir une vraie concurrence libre/commerciale, saine pour tout le monde (voir à ce sujet l'excellent article de Kaplan sur FING).

- Je reviens dessus, mais ne crois-tu pas qu'il y a des cas où les DRM sont justifiés ? En parlant des études, tu disais qu'il était possible de les réaliser sur commande et que les frais soient remboursés avec cet unique paiement. Mais est-ce réellement économiquement viable ? Un exemple concret. Une étude d'Ipsos sur la musique en ligne coûte à l'unité entre $2500 et $10.000. Je pense qu'une poignée de ventes permettent effectivement de rembourser les frais, mais économiquement et juridiquement Ipsos ne peut pas mettre son étude en libre disposition de suite après remboursement. Résultat, je n'ai personnellement aucun moyen de consulter cette étude qui pourrait m'être riche d'enseignements, scolairement et professionnellement. Maintenant imaginons le plus parfait (techniquement) des DRM qui empêche toute reproduction du document; mais en échange, son prix descend à $50, et devient accessible au plus grand nombre. N'est-ce pas paradoxalement favoriser la propagation du savoir grâce aux DRM ?


Voilà, je vais pas t'inonder de plus de questions que ça, et merci de comprendre (enfin ?) que je ne suis pas "contre" vous, mais uniquement dubitatif sur certaines choses que je considère parfois trop extrêmes.

N.B : marrant que tu parles de l'enthousiasme des juristes à voir la technique réguler les problèmes posés par la technique. Je ressors justement à l'instant d'un cours où l'on a discuté des problèmes éthiques/juridiques sur quelque chose de pas si éloigné : la vérification du plagiat par des systèmes informatisés. Je crois qu'il y a une plus grande ouvertude d'esprit que tu ne penses chez les juristes, au moins au Canada (et je crois, surtout au Canada).


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tekool
posté 02/02/2004, 22:22
Message #30


Nioubiz


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Amis du soir, bonsoir,

Citation
Est-ce le fait que les industriels n'aient pas une obligation "a priori" mais "a posteriori" qui te gêne, ou est-ce plus général ? (dans le premier cas je te rejoins, on devrait imposer une obligation a priori ; dans le second cas j'aurais plus de mal à suivre ton raisonnement).


Mon raisonnement est simple pourtant : l’auteur n’a aucun droit de contrôler l’usage privé avec des mesures techniques que ces mesures techniques soit contrôlé à priori ou à postériori !

Pourquoi ? (je vais un peu me répéter mais bon)

L’œuvre ne peut pas être cloturée et l’usage privé, en plus d'être privé, n’est pas prévisible (ie : et si je veux extraire des bouts de pistes d’un CD pour mon sampler avec Sound Forge, pour remixer pour mon usage privé ?). De plus, souviens toi toujours que les MTP ne servent à rien sauf si tout est contrôlé (NSGCB). Car l’on peut toujours contourné à des fins d’interopérabilité sauf si tout est contrôlé (et encore, ce que l’Homme peut construire, l’Homme peut détruire, ça lui prend simplement parfois plus de temps quand il y a des remparts un peu plus haut que les autres). Enfin, pour contrôler l’usage privé, on va forcément limiter les logiciels ou les périphériques utilisés. Ce qui revient à faire de la vente liée, à interdire les logiciels libres qui accédent à une œuvre protégée et à rendre le consommateur captif des technologies proposées par une enteprise ou par un consortium à qui l’on va, forcément, remettre les clés de la culture et de l’information (ie : repenses à mon exemple pour le domaine public). C’est simple pourtant clindoeil.gif

J’aurais, ceci dit, beaucoup à dire sur cet histoire de « à priori » et de « à posteriori » puisque, comme tu le sais, nous avons hérité d’un organe de médiation dans le projet de loi qui peut, théoriquement, être saisi à posteriori par un consommateur, et plus vraisemblablement, par une asso de défense des consos, quand une MTP interdit dans les faits la copie privée. C’est ridicule car on va tester sur des millions de personnes des technos qui empêcheront forcément la copie privée pour des dizaines de milliers d’entre elles (transfert vers un baladeur MP3 ou un baladeur Ogg Vorbis ou j’ai mis un OS libre ce qui est mon droit le plus strict). Il va falloir, en toute hypothèse, rappeller des millions de supports protégés et inviter les acheteurs à renvoyer leurs achats des mois après l’achat si jamais ils sont informés du fait qu’ils en ont le droit et si ils n’ont pas contourné d’ici là.

Nous avons essayé, comme l’ADAMI -société de défense des droits des artistes-interpètes qui vont voir leur revenus provenant de la redevance diminués si les gens ne copient plus- d’obtenir une médiation à priori, ce qui nous aurait permis de bloquer toutes les MTP en amont puisque toutes étant non-interopérables, mais la directive ne le permettrait apparemment pas vu qu’elle est faite pour rendre encore plus fort le plus fort en lui permettant, notamment, de passer en force.

Citation
En ce qui concerne la vie privée vis à vis des DRM, je vais me faire l'avocat du diable à contre coeur, mais il me semble que le TCPA prévoit une identification dans un système de clé publique/clé privée qui répond justement à cette critique. D'un point de vue strictement technologique, n'est-ce pas suffisant ? (qu'on soit bien d'accord, je ne défends pas le TCPA, mais j'essaye d'être objectif)


TCPA n’est pas un problème en soi comme l'explique très bien un article assez technique de l'unité de recherche d'IBM (http://www.research.ibm.com/gsal/tcpa/tcpa_rebuttal.pdf). TCPA n’est qu’une spécification de puce (chip), avec identifiant unique, permettant d’assurer des fonctions comme la génération de jeux de clés, la signature de clés publiques, le chiffrement et le déchiffrement, le stockage d’informations relatives à la séquence de boot -fonctionnalité permettant le contrôle d’intégrité de la configuration de l’ordinateur- et la gestion d’un jeu de fonctions relatives à l’initialisation du système qui permet, entre autres choses, de permettre à un admin de dire ce qui doit être fait comme contrôle par le BIOS à l’initialisation et de ce qui relève d'autres applicatifs. TCPA a des applications concrètes permettant d’assurer une plus grande sécurité et une meilleure protection des données personnelles. J’ai personnellement étudié le code source du driver GPL proposé par IBM et qui permet de contrôler un chip TCPA et c’est très bien branlé.

Mais c’est l’ajout de fonctionnalités dans le chip s’appuyant sur le jeu de fonction TCPA et le couplage avec un DRM OS propriétaire qui pose problème. C’est pour ça que j’ai utilisé TCPA/Palladium mais, il est vrai que je devrais plus simplement ne dire que NSGCB puisque c’est désormais l’appellation officielle et que, en fait, Microsoft, visiblement en partenariat avec Intel - le couple Wintel infernal -, travaille sur une version de spécifications qui s’appuie sur les specs TCPA mais qui diffère légérement pour permettre d’enlever le contrôle de son ordinateur à l’utilisateur. Cette version ajoute notamment la possibilité de charger dans un espace mémoire « protégé » (y compris de l’utilisateur) un logiciel dit « de confiance » et qui s’éxecute séparément de l’OS en lui même : le nexus.

L’année dernière à la GNU/Linux Expo, j’ai été faire Candide sur le stand Microsoft en demandant à ce qu’on m’explique « TCPA/Palladium » (que j’avais déjà étudié bien entendu). J’ai dit que j’avais peur de toutes ces rumeurs de contrôle total mais que j’étais sûr que c’était exagéré, tout cela avec mon air le plus niais. La démonstration a été très simple. Elle était très bien préparée, le type en phase de moi ayant été très bien briefé car Microsoft s’attendait sûrement à de telles question sur un salon Linux. Un schéma divisé en deux : d’un côté, le modèle actuel, tout logiciel peut s’executer ; de l’autre, un modèle où avant execution, il y a demande préalable au nexus qui vérifie dans une liste d’accéditations que le logiciel est bien considéré comme sûr, soit parce que l’utilisateur l’a référencé comme tel, soit parce que Microsoft l’a fait à sa place, soit parce que Verisign le fait quand le logiciel n’est pas accrédité par Microsoft. Si le nexus dit « non » => pas d’execution.

Le type qui m’a fait la démo m’a certifié que tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, que je devais avoir confiance que et Microsoft allait veiller sur ma sécurité grâce au Nexus …. en oubliant de me préciser, que ce dernier sera pré-installé et non réinstallable (car dans ce cas, TCPA détectera une modification lors de la séquence d’initialisation), que j’aurais des parties de mon disque et de ma mémoire cryptée qui ne seront accessibles qu’à certains logiciels (Windows Media Player par exemple), que les drivers de ma carte vidéo, audio et réseau devront avoir été certifiés par le centre de certification Microsoft pour pouvoir être chargés, et que je serais incapable de savoir ce que font tous ces logiciels dits de « confiance » mais manipulant bel et bien des données personnelles et passant leur temps à dialoguer avec des serveurs distants pour vérifier que mon ordinateur est digne de la confiance des gens qui me fourniront leur contenus, tout cela en crypté donc sans que je puisse savoir ce qui est échangé. Pour l’anecdote, dix minutes après, le type s’est un peu étranglé en me voyant discuter longuement, à la cafeteria en face de son stand, avec Loic Dachary, fondateur d’EUCD.INFO et représentant de la FSF-France.

Si tu veux te faire un avis, je te donne un lien vers un article pro-NSGCB. Comme ça, on pourra pas dire que je cherche à t'influencer :

http://www.laboratoire-microsoft.org/articles/win/ngscb/0/

J'attire cependant ton attention sur ce pararagraphe dans la partie 5 intitulée "La DRM: Digital Rights Management" et sur le fait que ce site est un site de gentils étudiants visiblement pro-microsoft et qui, comme toi au début de cette discussion, ne voit pas plus loin que le bout de leur nez Sourire.gif

L’intégration de la DRM au sein de NGSCB suscite un grand nombre d’interrogations. En effet, la liberté de l’utilisateur pourrait alors en pâtir car certaines entreprises auraient la possibilité de contrôler le comportement de l’utilisateur. Microsoft a alors trouvé une solution et un accord avec la DRM : les deux technologies seront complètement indépendantes et n’auront pas besoin de l’une ou de l’autre pour fonctionner. La DRM pourra alors être déployée sur des machines non-NGSCB et NGSCB de son côté pourra apporter d’autres fonctionnalités que la DRM. L'utilisateur devra toujours avoir le contrôle du code qui s'exécute. Cependant, il est évident que les technologies DRM seront renforcées si elles sont déployées sur un système NGSCB.

http://www.laboratoire-microsoft.org/articles/win/ngscb/5/

Le long terme, Guillaume, le long terme ...

Citation
Pour Linux […]


Pour /etc/, c’est l’implémentation du standard Posix, la base de tous les systèmes UNIX qui permet d’assurer une compatibilité avec des dizaines de logiciels écrits avant Linux sans avoir besoin de réécrire le code et de ne pas être dérouté quand on passe en mode console sous Free BSD ou Mac OS X (bien que ces crétins ne respectent pas complétement la norme POSIX, amha, principalement pour faire chier le monde et affirmer leur différence). Car, en mode graphique, cela ne pose pas de pb l’arbo POSIX comme le prouve Mac OS X. Sous Linux, il y a les bureaux KDE ou Gnome et leurs raccourcis tout prêts vers le répertoire de l’utilisateur ( Mes Documents). KDE 3 est une vraie réussite et n’a rien à envier à Windows. Par exemple, le menu Starter de KDE (menu démarrer) et donne accès à tous les outils nécessaires pour configurer simplement une machine. Et pour installer des logiciels, quelques clics suffisent grâce à des interfaces graphiques type KPackage.

Concernant Mandrake, cette dernière avait fait des erreurs de management en cherchant à se diversifier dans l’enseignement à distance. Elle a eu la folie des grandeurs et a trop investi sur ce marché. Elle a eu des pbs, s’est reconcentré sur son métier, s’est mis à utiliser Bittorent pour distribuer ses soft et réduire ses coûts et a donc annoncé des benefs, il y a quelques semaines.

De façon générale, tu ne prend visiblement pas en compte la structure du marché, le budget marketing de MS, ses tactiques de désinformation (relayées en ce moment par SCO) et les pressions subies par les constructeurs informatiques. En gros, tu éludes l’abus de position dominante et le temps qu’il faut pour gagner des parts sur un marché dominé depuis des années par une boîte qui a 97% de parts de marché et qui investis des millions en lobbying et communication et qui file quasiment gratuitement ses logiciels aux écoles pour les imposer dans les entreprises et les ménages.

Et je suis sûr qu’il y a des softs autres que GIMP qui répondent sûrement aux 10% de fonctionnalités Photoshop utilisé par le lambda moyen ? Moi GIMP, quand j’en ai eu besoin, j’ai été dérouté par l’interface car je n’avais utilisé que Paint Shop Pro Shareware et puis après quelques heures de vols, je m’y suis fait surtout pour ce que je fais. Et ça coûte combien déjà Photoshop (j’ose même pas imaginé que t’utilises un crack) ?

Ceci dit je suis d’accord, il y a des progrès à faire pour nombre d’applications mais la communauté y travaille d’arrache-pied. Depuis l’apparition de Linux et de KDE, en une dizaine d’années, regardes où en est. Il faut l’encourager la communauté en utilisant de superbes softs comme KDE, Mplayer (lecteur vidéo utilisant DeCSS), XMMS (audio player de la balle), Mozilla (y compris sous Windows) ou Evolution (mailer qui n’a rien à envier à Outlook). Il faut la soutenir en donnant un peu d’argent à Mandrake, en signalant les pbs, en rédigeant des docs, et en codant si on a les compétences. Comme le web, c’est un projet collectif le logiciel libre. Un projet collaboratif. Pas un projet économique. Il y a des modèles économiques qui se sont développés autour du LL. Red Hat fait un max de thunes. Mais le logiciel libre, c’est surtout le plus gros transfert de connaissances et de technologies de toute l’Humanité entre pays riches et pays en voie de développement. Comme le dis Stallman chaque fois qu’il vient en France, si on devait résumer le logiciel libre en trois mots, on pourrait utiliser : « Liberté, égalité et fraternité »

Citation
Je reviens dessus, mais ne crois-tu pas qu'il y a des cas où les DRM sont justifiés ? […] Maintenant imaginons le plus parfait (techniquement) des DRM qui empêche toute reproduction du document; mais en échange, son prix descend à $50, et devient accessible au plus grand nombre. N'est-ce pas paradoxalement favoriser la propagation du savoir grâce aux DRM ?


cf mes questions sur le contrôle total de l’information dans mon post précédent et ma réponse à ma première question dans ce post. A quel prix peut-on faire baisser le prix ?

Et, sur un sujet qui n’a rien à voir avec l’économie, je reviens sur une de tes question dans un autre post, à propos de l’information de l’utilisateur, fonctionnalité que tu trouvais utile. Nous partageons ton avis et nous avons proposé les RNS pour Rights Notification System il y a déjà plusieurs mois (notes que Loic, lui, préfères ne même pas prendre de risque avec TCPA vu que la spec peut évoluer et les implémentations différées, et qu'il pense, comme moi, que le terme DRM désigne des softs s'appuyant sur des MTP) :

http://mail.gnu.org/archive/html/fsfe-fran...0/msg00008.html

Pour info, bien que soutenu par le Forum des Droits de l’Internet, cette solution n’a pas été retenue par les représentants de producteurs alors qu’elle responsabilise l’utilisateur en l’informant sur ce qu’il a droit de faire et de ne pas faire sans pour autant le contrôler techniquement. En lui laissant son libre arbitre. Les majors ont déclaré en gros, « Nous, nous voulons du contrôle ». Microsoft qui était présent a répondu un truc style : « Nous, nous vendons du contrôle ». On ne se refait pas.

Citation
Voilà, je vais pas t'inonder de plus de questions que ça, et merci de comprendre (enfin ?) que je ne suis pas "contre" vous, mais uniquement dubitatif sur certaines choses que je considère parfois trop extrêmes.


J’ai toujours su que tu n’étais pas « contre » nous. Tu as simplement une autre opinion. Mais tu dois comprendre, qu’il faut être « contre » les MTP protégés légalement et contrôlant l’usage privé. Contrairement au lobbying d’EUCD.INFO, c’est « tout noir ou tout blanc » les MTP clindoeil.gif Moi, comme Boogie et Tariq, j’ai choisi la clareté.

Et si tu ne dois retenir qu’une raison, à la limite, retiens celle là : le droit d’auteur n’est pas un droit de propriété permettant à l’auteur d’envahir la vie privée d’autrui, de revenir sur les droits du public et de déstabiliser la libre concurrence sur le marché de l’édition logicielle et de l’électronique grand public. J’avoue quand même que j’ai du mal à comprendre que tu ne l’ai pas encore compris. Mais je suis sûr que ça viendra.

Citation
Je ressors justement à l'instant d'un cours où l'on a discuté des problèmes éthiques/juridiques sur quelque chose de pas si éloigné : la vérification du plagiat par des systèmes informatisés. Je crois qu'il y a une plus grande ouvertude d'esprit que tu ne penses chez les juristes, au moins au Canada (et je crois, surtout au Canada).


Ca devait être très intéressant. Tu as des supports de cours libres à un format ouvert  Et je sais très bien que certains juristes sont ouverts d’esprit car j’en rencontre beaucoup, que certains nous aident dans notre travail, que je file des infos à des doctorants et que je donne des confs à destination d’étudiants lors de colloques sur la « propriété intellectuelle » pour expliquer justement que ce n’en est pas une de propriété. La prochaine au CEJEM, le 12 février, pour ceux qui veulent venir (http://www.cejem.com). Pour l’anedocte, j’ai été invité suite à mon conf à la DDM.

De plus, tu es l’illustration d’un étudiant en droit ouvert d’esprit puisque l’on peut discuter et que tu tempères peu à peu tes positions quand on te donne des arguments que tu juges solides. Continues à me poser des questions, interroges toi sur ce que l’on t’apprend, sur qui te l’apprend, pese le pour et le contre et, si tu es convaincu, rejoins nous dans notre combat pour un monde plus libre. Va, va … va vers la lumière, jeune Padawan langue.gif

Pour conclure ce post, comme on parle de droit et d’informatique depuis le début de ce fil, il y a un paragraphe que j’ai retenu d’un article, organisé sous la forme de questions-réponses entre Claude Thomasset, spécialiste de l'informatique juridique, professeur d'Université à Montréal (tu le/la connais ?) et Jacques Vanderlinden, historien du droit, compariste et professeur aux Universités de Bruxelles, Moncton et Paris XII. Les deux auteurs s'interrogent notamment dans cet article sur les conséquences que vont avoir les systêmes-experts sur la pratique juridique. Il est intéressant de noter que la première section de l'article s'intitule: « Les systêmes experts en droit : une compétition dont l'enjeu est le contrôle et la diffusion du savoir juridique ».

Jacques Vanderlinden conclut l'entretien de la façon suivante :

« Le peuple est, depuis si longtemps, dépossédé de sa capacité à produire le droit qu'il a peine à imaginer qu'elle puisse jamais lui être restituée. Et entre ces trois maîtres, le juriste, l'informaticien et le jurinformaticien, il est bien en peine de choisir, puisque tous veulent son bien sans lui voire malgré lui. La véritable révolution ne serait donc pas dans l'informatisation du droit, mais bien dans la restitution de son pouvoir de production du droit au peuple. Là est le vrai combat du juriste qui accepte également d'être un homme parmi les hommes »

Extrait de « Cantate à deux voix sur le thème : Une révolution informatique en droit ? » - RTD Civ(2)avr-juin 1998

A bientôt,

Christophe

« Dispensés aujourd'hui, par la grâce de l'ordinateur, d'avoir une tête bien pleine, tâchons de la conserver bien faite »- Jacques Vanderlinden

Ce message a été modifié par tekool - 02/02/2004, 22:37.
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Guillaume Champe...
posté 02/02/2004, 23:25
Message #31


Nioubiz


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Merci jap.gif

La proposition de RNS est très intéressante, et répondrait a priori au moins en partie aux soucis techniques que je me pose avec la licence légale.

Concernant Linux, je comprends bien toutes les contraintes techniques/socio-historiques qui empêchent de le révolutionner, et je suis le premier à saluer les avancées énormes qui ont été réalisées ces dernières années, particulièrement je crois sous l'impulsion de Mandrake/Red Hat. Je ne sous-estime pas non plus la position dominante de Microsoft et les conséquences sans aucun doute énorme que ça a sur l'adoption de Linux par les foyers. Par contre ce que je dis, c'est que Microsoft a matière à trouver des arguments de toutes sortes (fussent-ils faux) en faveur de Windows, là où il me semble que l'industrie culturelle aurait bien du mal à trouver des arguments contre le développement des "arts libres". D'où à mon sens la conclusion que les oeuvres sous DRM trouveraient plus facilement de concurrence dans le monde des arts libres que Windows en a trouvé avec Linux. Peut-être que Tariq, bien plus spécialiste que moi sur le sujet, pourrait confirmer ou infirmer ?
Ceci dit je suis d'accord que ça ne résoud pas les problèmes de fond que tu te poses, et sur lesquels je te rejoins désormais.

Reste mon interrogation principale, fondamentale (au sens strict), que tu poses toi même. A quel prix doit-on conserver les DRM; et inversement; à quel prix doit-on les interdire ? Mon étude d'Ipsos est-elle condamnée à ne rester accessible qu'à une infime minorité de lecteurs ? Finalement, au prix de la liberté, ne va t-on pas paradoxalement vers un appauvrissement de la qualité d'information, car il n'y aura plus les moyens financiers de diffuser en masse de façon payante de la vraie information ? C'est une question qui transcende Internet, qui va bien au delà des DRM. Un argument de Kaplan m'a beaucoup frappé concernant le P2P :

"Sur les réseaux P2P, l’absence d’intermédiaires autres que techniques (tels que KaZaA) a pour conséquence une concentration du trafic sur quelques artistes du Top 50, plus quelques autres « auteurs-entrepreneurs » qui savent jouer avec intelligence du marketing viral, tandis que la quasi-totalité des autres demeurent invisibles. C’est un classique : l’inorganisation d’un marché favorise la concentration et joue en défaveur de la diversité. On n’émerge pas tout seul de la masse."

Le sujet est certes différent mais peut être rapproché à l'information. Le fait que l'information devienne accessible à tous et presque gratuitement (ce que l'absence de DRM renforce) n'a t-il pas pour effet de la voir concentrer aux mains de quelques puissants ? Si je regarde Internet aujourd'hui, les sites qui approfondissent l'information sont très rares, car c'est devenu à cause de la concurrence en temps réel un luxe que peu se peuvent se payer. Transfert.net en a fait les frais. Les sites qui peuvent s'offrir une campagne de communication sont encore plus rares. Du coup, c'est News.com et quelques compères qui dessinent quasiment l'essentiel de l'actualité du monde entier. Ainsi interdire les DRM, n'est-ce pas priver des entreprises d'y trouver le remède économique leur permettant d'offrir une information certes fermée, mais nouvelle et enrichissante ?

C'est finalement la seule interrogation qui m'empêche encore de me battre à 100% contre les DRM.


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Tariq
posté 03/02/2004, 01:31
Message #32


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je pensais avoir répondu à tout cela ici http://www.freescape.eu.org/biblio/article...?id_article=157


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tekool
posté 03/02/2004, 04:03
Message #33


Nioubiz


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Post édité par Christophe : Ici se trouvaient des propos insultants, blessants, agressifs à l'encontre de Guillaume, comme il l'a dit démesurés. Honteux, j'ai préféré les retirer et je lui présente publiquement mes excuses car je sais que je l'ai offensé. C'était inutile, injuste, prétentieux et parfaitement infondé.

Ce message a été modifié par tekool - 07/02/2004, 11:31.
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Guillaume Champe...
posté 03/02/2004, 05:59
Message #34


Nioubiz


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Je prends ce dernier post, grave, comme écris sous le coup d'une colère démesurée. Peut-être y reviendras-tu plus calmement, je l'espère, mais pour ma part je n'ai rien à ajouter à un post aussi insultant.

Je ne ferai que te citer.

Citation
De plus, tu es l’illustration d’un étudiant en droit ouvert d’esprit puisque l’on peut discuter et que tu tempères peu à peu tes positions quand on te donne des arguments que tu juges solides. Continues à me poser des questions [...]


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Guillaume Champeau
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tekool
posté 03/02/2004, 10:46
Message #35


Nioubiz


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Post édité par Christophe : Ici se trouvaient des propos insultants, blessants, agressifs à l'encontre de Guillaume, comme il l'a dit démesurés. Honteux, j'ai préféré les retirer et je lui présente publiquement mes excuses car je sais que je l'ai offensé. C'était inutile, injuste, prétentieux et parfaitement infondé.

Ce message a été modifié par tekool - 07/02/2004, 11:32.
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Guillaume Champe...
posté 03/02/2004, 19:19
Message #36


Nioubiz


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J'ai finis de lire l'article (connais-tu l'auteur et la date ?).

Pour te répondre, je trouve l'analyse juridique pertinente, mais j'ai du mal à comprendre après une première lecture si c'est un simple constat juridicotechnique (auquel cas j'adhère, le cryptage est effectivement un moyen technique fort de protéger le droit de l'auteur), ou quelque chose qu'il applaudit et appelle de ses voeux (auquel cas selon moi, il n'a pas assez reconnu le droit d'accès à la culture).
Je suis en tout cas en opposition avec la citation de Lucas qui place le cryptage comme supérieur au droit d'accès à la culture. Je me demande par contre comment garantir dans un environnement numérique de "clonage des oeuvres" un épanouissement de la culture, et ma réponse, encore une fois, tient dans la licence obligatoire. Seulement au niveau de la licence j'ai moi même mes propres limites. Ca marche en théorie relativement bien pour la musique et les films, parce que les disques et les DVD sont en très grande majorité compris dans une fourchette de prix assez étroite qui permet d'uniformiser les taux de redistribution. Par contre c'est faux pour les livres, articles et photographies, où les prix varient énormément d'une oeuvre à une autre. Si on leur refuse une prévention a priori par la technique, alors on s'en remet au droit actuel, qui a toutes les clés juridiques nécessaires, mais qui est lent et inadapté. C'est un choix que je me refusais de faire jusqu'à présent, et sur lequel cette discussion m'a fait changer d'avis (malgré ta réaction excessive et insultante a une question que tu as interprété de travers).

Une autre question puisqu'on est dans le cryptage : trouves-tu anormal le cryptage des signaux de télévision par satellite ?

Sinon au risque de me répéter, je suis d'accord à 100% avec toi que le droit d'auteur n'est pas un droit de propriété sur l'oeuvre. Reste que juridiquement, en France, lorsque le législateur a codifié la loi en 1992, il a mis en tout premier alinéa du code, à l'article L111-1 : " L'auteur d'une oeuvre de l'esprit jouit sur cette oeuvre, du seul fait de sa création, d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous". Prendre le droit d'auteur comme droit de propriété est une idée qui perdure, au moins chez le législateur. C'est une bêtise juridique, pour de multiples raisons, mais ça reste le principe. D'où mon premier point qui était de dire que vous battre contre une loi qui protège les DRM, c'est vous battre contre une loi qui protège les fondements du droit d'auteur (fondements qui historiquement sont essentiellement économiques, les droits moraux et les droits publics n'étant apparus qu'après).

Pour reprendre la formule de ma prof de P.I, "le droit d'auteur c'est une loi d'incitation à la désobéissance civile". Ce que fait le cryptage, les DRM/TPM, c'est empêcher cette désobéissance civile. La question à se poser, et que tu te poses, c'est "pourquoi désobéis t-on ?". C'est la question à laquelle Kaplan, et je pense qu'on peut se rejoindre sur son analyse. Ma position est exactement la même, jusqu'à la conclusion qui est finalement ce qu'ai tenté de dire beaucoup plus maladroitement dans mon premier post :

"Le jour où nous verrons des auteurs, des éditeurs, des sociétés d’auteurs, des industriels de l’électronique, des opérateurs de télécommunication, des consommateurs et des élus, discuter autour d’une table sur ces sujets-ci, plutôt que des vices et vertus du P2P et du DRM, nous saurons que la création française a de beaux jours devant elle, y compris sur le plan économique".


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Guillaume Champeau
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tekool
posté 03/02/2004, 23:38
Message #37


Nioubiz


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Bonsoir,

Je te remercie Guillaume d'avoir répondu. Je partage ta position sur la remarque du Professeur Lucas. Et j'apprécie donc que tu sois contre l'utilisation du cryptage dès qu'il menace le droit à l'information et à la culture car cela signifie, comme tu dis, que tu es si j'ai bien compris, contre les mesures techniques de protection contrôlant l'usage privé et leur protection juridique.

Ceci étant dit, sur le fond comme la forme, je tiens à m'excuser publiquement pour les propos que j'ai tenus, à l'encontre de Guillaume dans mes deux précédents posts, qui étaient insultants, blessants, agressifs, comme il l'a dit, démesurés. Honteux, je les ai d'ailleurs supprimés et remplacer par un paragraphe explicatif. Excuses moi j'étais très fatigué. Et énervé pour plein d'autre choses qui n'ont rien à voir avec toi. Vraiment désolé.

Je partage également ta position sur la licence légale. En matière de nouveaux modèles économiques pour l'édition papier, ma position est que personne ne force personne à proposer son contenu à un format numérique. Que ce soit en partie, ou dans son intégralité. Que la chaîne de l'édition papier passe au tout-numérique, ne veut pas dire qu'elle a interêt à publier tout ce qu'elle produit sous forme numérique. En fait, je ne peux pas t'aider à trouver des modèles économiques pour l'industrie phonographique, l'industrie du film, l'édition papier ou la photographie. Je ne suis pas compétent sur ce point. Tout au long de ce fil, j'ai simplement essayé de te convaincre que les mesures techniques de contrôle de l'usage privé doivent être combattues et leur protection juridique aussi. Et en fait, sans ma réaction stupide, j'aurais réussi à le faire sans passer pour un fou furieux.

J'ai des idées sur d'autres points dont nous discutons, mais je n'ai pas d'opinion tranchée. Mais ce que je sais c'est que sur ce point là, j'ai une opinion tranchée. Ce qui explique sans doute ma réaction. C'est le fondement d'EUCD.INFO. C'est un problème de libre concurrence, de droit de la consommation, de libertés individuelles, de droits fondamentaux. Et aussi d'éthique.

Nous considérons que les auteurs de logiciel libre sont aussi des auteurs, qu'ils ont le droit de publier, et que le droit d'auteur, de façon générale, c'est aussi les droit du public notamment au travers des exceptions. Contrairement, à ce qui est dit, dans le mémoire que je citais, les droits du publics ne sont pas des droits satellites, car sinon c'est considérer que le droit à l'information et le droit à la culture sont des droits satellites. Car c'est, notamment ces deux droits que protège les exceptions ainsi qu'une partie de liberté d'expression.

Citation
Une autre question puisqu'on est dans le cryptage : trouves-tu anormal le cryptage des signaux de télévision par satellite ?


Le contrôle d'accès unique n'est pas le contrôle d'usage

Dans mon article sur l'interopérabilité, je dis que nous ne sommes pas contre les décodeurs CANAL +. Un décodeur Canal + envoies le flux en clair, déchiffré, vers une sortie standard à ceux qui ont payé leur abonnement. C'est du contrôle d'accès unique. Tout comme je vais dans la section abonnés du Monde. Ce n'est pas pour autant que le Monde a le droit de m'interdire d'imprimer un article quand cet article a été rappatrié sur mon ordinateur personnel ou sur mon PDA. Ou encore de vouloir m'empêcher de faire un copier/coller de l'intégralité, ou bien de vérifier si je ne forwarde pas à un ami. Nous ne sommes pas contre le contrôle d'accès unique, nous sommes contre le contrôle d'usage privé. Nous sommes donc logiquement contre les "mesures technique de protection" (MTP) visant à contrôler l'usage privé, contrôlant chaque accès. Celles qui ne contrôlent que l'accès unique, sans contrôler l'usage, ne nous dérange pas.

De plus, notes bien que je ne suis pas contre les DRM comme tu le dis parfois, j'e dis que je suis contre les mesures techniques de protection au sens EUCD et qui contrôle l'usage privé. DRM, pour moi, ce n'est qu'un terme marketing. Ce dont je suis sûr c'est que les DRM, il faut qu'il s'appuie sur des MTP, au sens juridique, pour prétendre gérer des droits avec un minimum d'efficacité, c'est à dire pour autoriser ou interdire certains actes autre que l'accés à l'utilisateur de l'oeuvre ou de l'objet protégé.

Je ne redévelopperais pas NSGCB mais quand on étudie cette architecture avec attention, je pense que l'on ne peut que comprendre de façon aigue les dangers des mesures techniques de contrôle, susceptibles d'être déployées sur des marchés de masse. Et qui prétendent se mettre à jour à distance pour peu à peu prendre le contrôle de mon ordinateur personnel et de mes communications. J'appelle ça un cheval de Troie.. C'est contraire à l'idée que je me fais de la sécurité informatique et de mon droit à gérer mes données personnelles.

Le contrôle aux mains de l'utilisateur

pour moi, à partir du moment, où tu entres en contact avec une oeuvre en clair et que tu ne l'utilises que dans la sphère privé, elle t'appartient. Ce n'est plus propriété de l'auteur tant que tu ne la redistribues pas. Le FDI a d'ailleurs repris cette phrase pour illustrer mon intervention lors du débat avec JJ Aillagon :

"Tant que je ne redistribue pas l'oeuvre, j'ai le droit d'en faire ce que je veux"

Nous nous battons contre la contractualisation de l'usage privé et son contrôle technique. Nous nous battons pour le libre usage privé de l'oeuvre et, donc indirectement, pour le droit au respect de la vie privé. Dans la sphère privée, l'oeuvre ne peut en aucun cas n'être utilisable que sous certaines conditions, fixés à priori, par contrat, par le titulaire de droit et appliquées techniquement.

Internet n'est pas un réseau univectoriel comme la télévision. C'est un réseau distribué, P2P, point à point, pair à pair, d'égal à égal dont le but est de répliquer les données en les transportant sur TCP/IP. Tout émetteur est récepteur, et inversement bien entendu. Ce qui fait que l'information entre par un port et sort par l'autre, et ainsi de suite. Elle se réplique. C'est fait pour ça. Entre l'entrée par un port et la sortie par un autre port, tu appliques un traitement. Qui permet soit de ne pas faire ressortir l'information, soit de la transformer, soit de la stocker, soit de la rerouter, soit de déclencher n'importe quel évenement utile pour le traitement. Je n'accepte pas qu'un traitement s'execute sans que je ne puisse contrôler ce ce qu'il fait, et encore moins dans un environnement réseau distribué. Je n'accepte pas que l'on m'impose les outils qui vont manipuler les données qui passent dans mon ordinateur sans que je ne puisse les intercepter.

Pour atteindre un minimum d'efficacité dans le contrôle des actes de l'utilisateur sur l'oeuvre, cela amène forcément à la prise de contrôle de l'ordinateur personnel de l'utilisateur par une entité qui n'est pas l'utilisateur. Et qui se méfie de lui, qui le traite comme un suspect car elle chargée de faire appliquer le contrat parfois à son click défendant.

C'est vraiment pour tout cela que je suis contre les mesures techniques de protection contrôlant l'usage privé. Je pense que tu l'avais compris mais j'ai préféré le redire.

Citation
"le droit d'auteur c'est une loi d'incitation à la désobéissance civile"


Splendide, je garde Sourire.gif

Autrement, coincidence, j'ai fait une conf ce jour à la GNU/Linux Expo, lors de la session Autour du libre, dédié aux menaces juridiques sur le logiciel libre, et ce en compagnie de l'équipe de videolan, directement menacés, et plus que tu ne le penses (crois moi sur parole), par l'EUCD et la transposition. Après avoir expliqué ce qu'est l'EUCD, ses effets et l'état de la transposition, j'ai terminé par un slide qui avait à peu près cette gueule là :

***

Et après ?

Désobéissance civile ? => Contourner, utiliser, distribuer, lier ?

Prix de la liberté ? => jusqu'à 2 ans de prison et 150 000 euros d'amende pour le fait faire connaître, directement ou indirectement, une application technologique, un dispositif, un composant ou un service destinés à faciliter ou à permettre la réalisation, en tout ou en partie, d'un contournement de mesure technique

Agir maintenant !

***

Quant aux rencontres entre différents acteurs, je partage ton avis. Il faut que tout le monde se mette autour d'une table et acceptent certains fondamentaux mais tout le monde n'a pas l'air d'accord au CSPLA, au FDI, au MIDEM et ailleurs. Avec le temps peut-être.

Très sincèrement,

Christophe
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Guillaume Champe...
posté 04/02/2004, 00:45
Message #38


Nioubiz


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Content de voir que les choses reviennent au calme.

Pour résumer mes positions après cette discussion :

- le droit de l'auteur doit plier devant le droit du consommateur. Pour expliquer ceci juridiquement, je dirais que l'achat d'un disque ou d'un livre est l'achat d'un bien matériel ou immatériel auquel s'attache un droit accessoire qui est le droit de jouir de l'oeuvre pour son usage personnel. Détourner une MPT dans cet objectif ne devrait pas être sanctionné.

- les MPT créent une différence de droits entre les consommateurs qui ont les connaissances techniques et/ou les moyens pour la détourner dans un but d'exercice du droit accessoire ("fair use" ?), et ceux qui ne les ont pas. C'est donc une discrimination sociale par la technique, que le droit ne doit pas venir appuyer. Ma position est donc d'interdire les MPT qui ne permettent pas d'exercer le droit à la copie privée et à l'interopérabilité (oui en pratique ça revient à interdire les MTP tout court, mais je préfèrerai que ça soit dit en ces termes)

- La distinction Contrôle d'accès unique / Contrôle d'usage permettrait de sanctionner les MPT tout en donnant un terrain commercial aux services à abonnements type Rhapsody (quoi que là se pose peut-être encore le problème de l'interopérabilité ?). Ca me semble être un bon compromis, avec toutefois un risque de concentration économique des oeuvres au sein d'une poignée de services.

- Pour compenser les risques de problèmes économiques/sociétaux posés par l'absence de DRM, il faut apporter de nouvelles solutions, dont je fais de la licence obligatoire l'axe principal au niveau juridique. Au niveau corporatif, ça peut être des services personnalisés à valeur ajoutée pour le consommateur.

Voilà, donc au final cette discussion me permet de défendre la licence obligatoire avec d'autant plus de vigueur que j'ai plus de réponses solides à apporter aux acteurs qui m'opposent le fait que le DRM sont pour eux une solution et qu'il suffit de leur donner un peu de temps.

J'aurais sans doute encore beaucoup de questions à te poser sur des sujets connexes mais indirects qui ont été évoqués ici, mais je pense pour ma part qu'il est temps de clore cette discussion. Si tu penses ne pas perdre ton temps, je suis joignable sur MSN ou ailleurs, tu sauras comment m'y trouver clindoeil.gif

Amicalement,


--------------------
Guillaume Champeau
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tekool
posté 04/02/2004, 17:25
Message #39


Nioubiz


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Bonjour,

Je suis heureux de voir que j'ai réussi à te convaincre sur ce qui est pour moi l'essentiel.

Avant de te répondre sur quelques points, je reviens sur ce que je vais qualifier, sans pour autant le minimiser, d'incident déplorable. Ca me travaille. Cet "incident" m'a déjà cruellement rappellé plusieurs choses que je sais pourtant : ne jamais envoyer un courrier électronique avec plusieurs nuits blanches ou très courtes dans la gueule, toujours se rappeller que quand on est à fond dans un truc, on en devient parfois excessif ce qui mène régulièrement à l'intolérance, et toujours se mettre à la place du destinataire d'un message électronique avant de cliquer, surtout quand on poste sur un forum public.. Je vais me les faire tatouer sur le torse jap.gif

Pour que tu comprennes un peu mieux, et que tous ceux qui suivent ou liront ce fil aussi, je devais préparer ma conf à la GNU/Linux Expo. Donc je me replongeais dans les problèmes liés aux poursuites d'auteurs de logiciels libres, mais, en même temps, je passais beaucoup de temps à te répondre ces derniers jours, au final sûrement plusieurs heures, mais je n'ai pas compter. Je le faisais avec plaisir, car la discussion me faisaient également approfondir ma réfléxion sur les MTP, et je te voyais peu à peu changer ta position. C'est un dossier complexe, les conséquences économiques et sociales de l'EUCD, il faut du temps pour tout appréhender, pour faire sauter le fameux obstacle psychologique de la "culture-barrage" qui s'oppose à "la communication généralisée, collectivisée, que permettent les moyens modernes de reproduction", comme l'a si bien dit Robert Escarpit dans "Théorie Générale de l'Information et de la Communication" (déjà cité dans un de mes posts)

A 3H du mat, après une nuit très courte la veille, je relis ton post. Je bloque sur l'interrogation :

"Au prix de la liberté, ne va t-on pas paradoxalement vers un appauvrissement de la qualité d'information, car il n'y aura plus les moyens financiers de diffuser en masse de façon payante de la vraie information ?"

Et je bloque encore plus sur "la vraie information". C'est quoi la "vraie information" ? Celle qui a de la valeur ? Quel est prix de l'information ?

C'est pour ça que je t'ai sorti la citation de Lucas en "exigeant" (en plus du reste) que tu prennes position.

"Le recours au cryptage est incontestablement un progrès et il faut souhaiter qu'il ne soit pas entravé par l'affirmation du droit à l'information et à la culture ". (Le cryptage au secours du monopole : http://www.leymone.com/prempart.htm)

J'ai repensé à tous ces développeurs qui ne font que partager, librement les logiciels qu'ils créent, et qui cherchent à obtenir ce que je considère être de la "vraie information". Ils cherchent à obtenir par leurs propres moyens des informations essentielles à l'interopérabilité (au sens de la théorie des facilités essentielles en droit de la concurrence), qui sont pourtant retenues sciemment pas des entreprises en situation de position dominante (un abus de position dominante pour le droit de la concurrence). Pour l'instant, ces développeurs ont parfaitement le droit, juridiquement et fort logiquement, de contourner à des fins d'interopérabilité tout mesure techique visant à empêcher l'obtention de ces informations essentielles à l'interopérabilité, et je trouve scandaleux que l'on essaye de les censurer avec l'EUCD pour encourager de grandes entreprises dans leurs pratiques anti-concurrentielles et liberticides, tout cela au nom du droit d'auteur.

J'ai dû repenser en vrac à Jon Johnansen, à Dimitri Skyliarov, au cas Sony, à la phrase de De Panafieu lors de la discussion sur la LEN "Trop de liberté tue la liberté", et à toutes les fois ou je t'ai demandé : "A quel prix ?". J'ai du repensé à l'une de mes fortunes favorites "L'ignorance coûte plus cher que l'information", au titre du mémoire "Le cryptage au secours du monopole", à Microsoft, à ses 97% de part de marché, au "Copier, c'est tuer" de Pascal Nègre, aux marchés ultra-concentrés de l'édition, du disque, du film et du logiciel, aux menaces pesant sur les bibliothèques, le domaine public, les données personnelles.

Je me suis dit "il est encore prêt est prêt à "tuer" la liberté de création des auteurs de logiciels libre, à revenir sur leur droit moral de divulgation, pour protéger les droits patrimoniaux des titulaires de droits voisins. A faire passer un droit économique avant des droits fondamentaux. A nier l'essence même du droit d'auteur, qu'une licence comme la GPL exploite à son maximum : encourager la diffusion et le partage du savoir, des arts et de la connaissance alors que c'est ça le vrai fondement du droit d'auteur". J'ai cru que tu te foutais de ma gueule, que j'avais perdu mon temps et que tu avais été intoxiqué par la vision ultra-propriétaire de gens comme Lucas. Et comme à 10h00, j'avais toujours pas dormi, et que, j'étais passablement énervé par mes quatre cafés, j'ai remis ça.

Inutile de te dire que une fois la journée passée, suite à des discussions privées avec Boogie qui avait visiblement discuté avec toi, et à la lecture de ton post où tu disais que tu ne partageais pas les vues de Lucas, je me suis senti mal dans mes baskets. Ceci étant, sur cette histoire de "vraie information", il y a une autre citation de Robert Escarpit que j'aime beaucoup et qui tombe à point :

"Il n'y a pas d'autres critères sérieux à ce que l'on pourrait appeller la valeur d'une oeuvre que le nombre et la variété de lectures qu'elle permet sans que son entropie s'épuise. Un mauvais livre est celui a tout donné de sa pauvre imprévisiblité dès la première lecture, et on le range sur un rayon. Un mauvais objet d'art est celui dont on n'ignore plus rien au premier regard. Mais cela ne veut pas dire qu'ils aient dit leur dernier mot. Un lecteur qui a tout vu ou cru tout voir du premier coup d'oeil était peut-être un lecteur myope, ou peut-être encore la lumière en son temps n'était-elle pas bonne".

Citation
La distinction Contrôle d'accès unique / Contrôle d'usage permettrait de sanctionner les MPT tout en donnant un terrain commercial aux services à abonnements type Rhapsody (quoi que là se pose peut-être encore le problème de l'interopérabilité ?).


Pour reprendre ta toute première phrase dans la discussion, "L'intéropérabilité est un problème important, certes, mais posons nous les bonnes questions."

La boucle est bouclée.

L'interopérabilité, c'est la première question qu'il faut se poser, c'est la première question avant d'envisager la licence légale ou tout autre mécanisme de rémunération équitable, c'est la première question à se poser pour les micro-paiements, c'est la première question à se poser avant de transposer l'EUCD, c'est la première question que j'ai posé à l'avocat d'EUCD.INFO quand je l'ai rencontré la première fois : "Et l'interopérabilité ?"

Le web est monde de standards ouverts aux spécifications publiques librement implémentables par tous => W3C. Pas de protection par le brevet, pas de protection par le secret sur les informations essentielles à l'intéropérabilité. Autorisation légale de contourner tout disposif de protection, de contrôle ou de rétention d'informations essentielles à l'intéropérabilité sans en référer à quiconque et de diffuser librement le fruit de ses recherches. Sanction immédiate pour toute entreprise en situation de position dominante mettant en place de tels dispositifs. Obligation pour tous les établissements publics et services de l'Etat d'utiliser des standards ouverts aux spécifications publiques librement implémentables par tous.

Maintenant, quand on verra tous les acteurs s'asseoir autour d'une table pour discuter des vrais problèmes et sans faire l'autruche, d'autant plus que nombre de ces dispositions existent actuellement ... c'est tout ce que j'ai voulu faire avec "Interopérabilité : l'Arlésienne du DRM". C'est tout ce que j'ai voulu faire à la DDM.

Pour conclure, le cryptage, protection par le secret, est un outil utilisable pour protéger des communications personnelles, des données personnelles, des correspondances privées. Il ne peut être utilisé pour protéger des oeuvres de l'esprit des actes de l'utilisateur dans la sphère privée à partir du moment où ce dernier a obtenu une copie numérique de l'oeuvre par un moyen légal, c'est à dire tant qu'il ne fait pas de la fraude informatique : qu'il ne l'a pas obtenu en interceptant des communications qui ne lui étaient pas destinées ou "entrant par effraction" sur une machine distante. C'est pour cela que Lucas a, pour moi, fondamentalement tort. Il accepte ce que j'appelle : l'invasion de la sphère privée au nom du droit d'auteur. Le droit exclusif et opposable à tous d'autoriser ou d'interdire certains actes s'infiltre au travers du tuyau, la toute-puissance du droit de l'auteur sur son oeuvre s'incarne dans mon PC, mon processeur devient son bras armé et je perds le contrôle d'une partie de mon univers personnel !

Il faut contester toutes les lois pénalisant le contournement de mesures techniques de protection visant à contrôler l'usage privé. Bruyamment. Ouvertement. Collectivement. Il faut faire comprendre que le projet de loi de Jean-Jacques Aillagon est liberticide et scandaleux car c'est ce qu'il est. Il faut boycotter tous les produits qui intègrent un dispositif de limitation du nombre de copies privées ou tout autre outil visant à contrôler l'usage privé. Il faut libérer systématiquement toute oeuvre enfermée dans une gangue cryptée dès qu'on y a accès légalement et avant de l'utiliser pour son usage privé. Il faut relayer systématiquement toute information susceptible de faire connaître une application technologique, un dispositif, un composant ou un service destinés à faciliter ou à permettre la réalisation, en tout ou en partie, d'un contournement de mesure technique de protection ayant pour effet direct ou indirect la rétention d'informations essentielles à l'intéropérabilité

Dis le autour de toi. Dites le autour de vous.

Amicalement,

Christophe

"L'information veut être libre"

Comprendre / Agir : http://eucd.info

Ce message a été modifié par tekool - 04/02/2004, 17:30.
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posté 11/04/2004, 03:33
Message #40


Nioubiz


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Citation (Guillaume Champeau @ 28/01/04 - 19:49)
- Mais quel droit avons nous d'obliger une maison de disque à nous permettre de lire son morceau n'importe où, n'importe quand ?


La pensée Universal. De rachats en fusions, le président de Vivendi-Universal a créé une pieuvre dont les tentacules contrôlent des pans entiers de notre vie. L'analyse d'un économiste.

Vol au-dessus d'un nid de profitsIl combat le monstre. Sa seule arme : la réflexion. Sa spécialité : l'économie. Son nom : Jean-Philippe Joseph.

Aujourd'hui, il parle.Jean-Philippe Joseph est professeur d'économie et participe à l'Observatoire des transnationales (transnationale.org), un groupe de travail qui analyse l'impact des multinationales sur les populations et leur environnement. Il est l'auteur du chapitre « Vivendi, anatomie de la pieuvre » dans la version française du livre Le Procès de la mondialisation. Dans cet entretien, il stigmatise les effets de la concentration, notamment dans le secteur de la culture, et démonte les mécanismes d'influence qu'une multinationale comme Vivendi-Universal peut exercer sur les pouvoirs publics et les organisations internationales.

Télérama : L'accès à la culture se concentre aujourd'hui entre les mains de quelques entreprises transnationales comme Vivendi-Universal. Quelles sont les conséquences de cette mainmise pour les créateurs et le public ?

Jean-Philippe Joseph : Vivendi-Universal dispose d'une énorme capacité de contrôle sur les contenus artistiques. Elle ambitionne de maîtriser « tous les contenus » (musique, texte, image) et « tous les supports » (téléphone, écrans de télévision et de cinéma, ordinateur). Sa capacité de diffusion des « produits » est en train de prendre une telle ampleur qu'elle détermine dans une certaine mesure les représentations culturelles et les choix du public. La puissance commerciale de Vivendi-Universal assure de fait à ses artistes et à ses « oeuvres » un accès exceptionnel au public. A côté, toute création culturelle sera marginalisée, ou bien contrainte à des stratégies alternatives de diffusion qui lui laisseront peu de place pour se faire entendre. Un modèle dominant d'industrie de la culture s'impose alors. Une culture édulcorée qui se confond avec le « divertissement ».

Télérama : Une multinationale comme Vivendi-Universal intervient dans beaucoup de domaines de la vie humaine, ce que la plupart des gens ignorent. En quoi cela peut-il représenter un danger ?

Jean-Philippe Joseph : Un des impacts principaux de ce qu'on nomme la mondialisation est la distance qu'elle crée entre les populations et les modes de production des biens qu'elles consomment. Cette distance peut être physique (mon tee-shirt est fait en Asie) ou mentale (je ne sais plus quelle entreprise est derrière SFR, L'Etudiant, Plon, Noir Désir...). Plus cette distance se creuse, plus il est difficile de percevoir un danger et donc d'exercer un contrôle. Qui peut encore choisir aujourd'hui de ne pas participer à la croissance de Vivendi-Universal ?

Télérama : Le jeu de la concurrence est supposé garantir qu'aucune entreprise n'acquière un pouvoir suffisant dans un secteur pour influencer le marché. Est-ce réellement le cas avec Vivendi-Universal dans tous les secteurs où le groupe opère ?

Jean-Philippe Joseph : Lorsque les libéraux défendent la concurrence, ils défendent un modèle pur fondé sur des hypothèses (transparence, multitude d'offreurs...) qui n'existent jamais dans la réalité. Un peu comme les physiciens qui modélisent les chutes dans le vide. Or, sans cette concurrence « pure et parfaite », le modèle commence à dégénérer. La concentration est une des manifestations de cette dégénérescence que rien n'arrête. Une étude récente menée par le cabinet AT Kearney entre 1988 et 2000 dans cinquante-trois pays montre que la concentration dans tous les secteurs est inéluctable et ne s'arrête même pas quand les trois leaders détiennent 70 % à 80 % du marché. Les législations antitrust américaines et européennes fixent des plafonds au-delà desquels toute nouvelle concentration est interdite. Ceux-ci sont la seule limite à la concentration et tous les secteurs tendent à les atteindre. Dans ce contexte, ce n'est plus le consommateur qui est roi, c'est l'entreprise dominante. Libre à elle de fixer les prix, de déterminer les standards... Concrètement, aujourd'hui, après cent cinquante ans de délégation au privé, où en est la concurrence dans l'eau en France ? Où en est la concurrence dans le traitement des déchets, la distribution cinématographique, l'édition ou la presse ? Le plus préoccupant, c'est que la plupart de ces secteurs ne sont même plus « contestables », car les investissements initiaux nécessaires à l'arrivée de nouveaux entrants sont trop importants. Ces grands groupes n'ont donc pas à craindre l'arrivée d'outsiders. De fait, qui investit aujourd'hui dans Internet ? Qui peut lancer un nouveau journal ? Une nouvelle télévision ?

Télérama : Quel est le degré d'influence d'un groupe comme Vivendi-Universal sur une institution internationale comme l'OMC ?

Jean-Philippe Joseph : L'influence isolée de Vivendi-Universal est difficile à mesurer. On peut en revanche repérer sa participation à différents lobbies. Vivendi-Universal est par exemple membre de l'USCSI (la Coalition américaine des industries de services). Les travaux de Laurence Kalafatides et d'Agnès Bertrand montrent le rôle clef de l'USCSI dans les négociations sur les services de l'Uruguay Round et dans la création même de l'OMC. C'est au sein de ces instances qu'un certain nombre de pays (en particulier le Canada et la France) ont défendu la notion d'exception culturelle, qui visait à résister à l'inclusion de la culture dans les négociations sur les services. Cette notion d'exception culturelle n'a aucun statut juridique, elle est juste un terme politique qui ne figure dans aucun texte de l'OMC. Or, il faut savoir que cette exemption à l'ouverture des marchés pour les « services culturels » est temporaire. Elle doit être régulièrement justifiée et à terme sera supprimée (rappelons-le, l'objectif de l'OMC n'est pas de réguler mais de libéraliser le commerce mondial, c'est-à-dire d'enlever les règles considérées comme autant d'« entraves au commerce »). Dans les négociations en cours, les Américains sont les plus agressifs contre l'exception culturelle sous l'influence de lobbies dont Vivendi-Universal est membre. Quand Jean-Marie Messier annonce la mort de l'exception culturelle, il anticipe en fait les résultats de négociations non achevées entre Etats. De là à y voir une marque de confiance en son influence...

Télérama : Et l'influence de Vivendi auprès des pouvoirs publics français ?

Jean-Philippe Joseph : Contentons-nous d'observer historiquement la construction particulière de notre capitalisme. En France, les budgets publics de BTP, d'eau, d'armement alimentent essentiellement quelques groupes privés comme Vivendi-Universal, Suez-Lyonnaise des eaux, Bouygues ou Lagardère, tous propriétaires de médias. Nos principales entreprises ont grossi sur des marchés publics ou sont d'anciennes entreprises publiques privatisées. Elles ont bénéficié d'avantages et de protections que ne tolère normalement pas un marché concurrentiel. Il y a donc une certaine ironie à voir Jean-Marie Messier prôner aujourd'hui un modèle libéral d'accès au marché et de suppression de tout obstacle au commerce. La formation de nos élites et le système Polytechnique-ENA engendrent des liens étroits entre les dirigeants des grands groupes et les ministères. On en rit au sein même de l'entreprise en disant que Vivendi veut dire « VIVier pour ENarques en DIsponibilité ». Jean-Marie Messier lui-même a été directeur de cabinet de Camille Cabana, ministre délégué en charge des privatisations, puis conseiller technique d'Edouard Balladur. L'actuelle ministre de la Culture et de la Communication Catherine Tasca, le contre-pouvoir supposé de Vivendi-Universal, présidait le conseil d'administration de Canal Horizon, filiale de Canal+ et de Vivendi de 1993 à 1997, tout comme Hervé Bourges, l'ancien président du CSA, avant elle. Elle a vendu ses stock-options juste avant d'entrer au gouvernement. A gauche, de nombreux « conseillers de » ou « proches de » socialistes ont été recrutés dans différentes filiales de Vivendi. Ces allers-retours entre haute fonction publique et grands groupes sont de plus en plus fréquents. On peut penser qu'ils facilitent l'action des lobbies et ne sont pas sans influence sur les décisions publiques. De récentes analyses étendent même la notion de corruption pour prendre en compte cette forme de liens et d'influence.

Télérama : On évoque souvent l'influence de Vivendi-Universal sur la culture. Qu'en est-il de son second métier, l'environnement et, surtout, la distribution de l'eau ?

Jean-Philippe Joseph : L'OMC, la Banque mondiale et le FMI sont tous favorables à la généralisation du « modèle français » de l'eau, qui a donné naissance aux géants que sont Vivendi-Universal et Suez-Lyonnaise des eaux. L'eau dépend du privé à 80 % en France alors qu'elle est encore majoritairement publique aux Etats-Unis et au Canada. Dans le monde, seuls 5 % de la distribution d'eau sont assurés par le privé. Alors, si on comprend la mobilisation française pour la défense de la culture, on comprendra qu'ailleurs dans le monde, certains se mobilisent pour qu'on ne leur impose pas une privatisation de leur eau à la française et revendiquent ce qu'on pourrait appeler une « exception aquatique ».

Télérama : Lors de la fusion Vivendi-Seagram-Canal+, la question du respect de la législation française, qui interdit à toute entreprise de détenir plus de 49 % du capital d'une télévision, s'est posée. Les pouvoirs publics et le CSA ont cependant semblé tétanisés à l'idée de faire respecter à la lettre cette législation par Vivendi. Pourquoi ?

Jean-Philippe Joseph : Au nom du mythe du « champion national ». Le pouvoir politique ne se pense plus autrement qu'en position de soutien derrière les entreprises françaises, quand celles-ci rivalisent avec d'importants concurrents, notamment nord-américains. Or, elles ne rivalisent pas, elles ont les mêmes intérêts. Le gouvernement a donc soutenu sans réserve la fusion Vivendi-Universal. Il a même fait plus, puisqu'en juin 2000 Laurent Fabius a accordé à Vivendi une exemption fiscale de 5 milliards de francs pour cette fusion. Cinq milliards, c'est l'équivalent du budget de France 2.

Télérama : L'ancrage américain de Vivendi-Universal est encore plus visible avec la récente acquisition du réseau de télévision USA Networks et la prise de participation dans la plate-forme satellitaire EchoStar. Peut-on encore considérer Vivendi-Universal comme une entreprise française ?

Jean-Philippe Joseph : En 2000, déjà, Vivendi réalisait 59 % de son chiffre d'affaires hors de France et 61,5 % de son capital était détenu par des étrangers. Pour autant, les travaux de recherche sur les principaux groupes mondiaux montrent qu'ils sont souvent culturellement attachés à leur territoire d'origine, notamment lorsqu'on étudie la nationalité des cadres, des dirigeants, les centres de création, de recherche... Cela dit, la nationalité d'une entreprise est-elle vraiment un enjeu majeur ? Je ne le crois pas. Derrière cette question se cache l'a priori que les entreprises françaises sont saines et que c'est parce qu'une entreprise est américaine qu'elle exploite, pollue, corrompt... Le travail de groupes comme l'Observatoire des transnationales ou Corporate Europe Observatory montre qu'il n'en est rien. Encore une fois, que Vivendi soit français ou pas importe peu. Si le modèle qu'il véhicule est culturellement, économiquement, socialement et politiquement catastrophique, il faut s'y opposer.

Propos recueillis par Olivier Milot(Télérama, www.telerama.fr, 23 janvier 2002)

Ce message a été modifié par idaho - 11/04/2004, 03:37.
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